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La quête du désert

( Page mise à jour le 25 janvier 2017 )

Guy DENOEL

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Akhfenir

La région d'Akhfenir - la route de Smara

Cliquer sur les photos pour les agrandir
(et sur les liens bleus qui vous conduiront à d'autres photos)

 

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Comme la plupart des récits de ce blog, cette page n'est évidemment pas la relation d'un seul jour mais bien la synthèse d'un certain nombre de recherches et de découvertes s'étendant parfois sur plusieurs années.

au pied de la hamada
Nous quittons Akhfenir au premier carrefour au centre du village afin de prendre la route de Smara. Nous traversons d'abord l'inévitable champ de sacs en plastique bleus, roses, noirs accrochés à tout ce qui dépasse du sol pour bientôt grimper en direction des éoliennes qui se profilent au sommet des falaises bordant la hamada.
Les photos peinent à représenter le puissant rempart montagneux qui domine la plaine. La raideur de la pente associée à la nature de la roche, un mélange de sables crayeux et marneux rend l'ascension difficile et périlleuse.
Arrivés sur le dernier gradin avant la falaise, les étranges meules blanches qui jonchent le relief nous intriguent.

Meules
Quasiment toutes parfaitement cylindriques malgré les apparences ces meules d'épaisseurs différentes ne sont pas des artefacts mais bien le résultat d'un phénomène géologique. Elles n'ont manifestement pas la consistance solide qu'on pourrait attendre d'un accessoire pour moulin. Elles s'écaillent en larges lambeaux et au toucher, s'érodent du bout de l'ongle. Il s'agit d'agglomération de sable et de craie. La quantité en certains endroits est étonnante ainsi que leurs dimensions, nous n'en trouvons d'ailleurs aucune de moins de 50 cm. J'ai un vague souvenir d'un article traitant de la formation de telles roches mais pas moyen de me le remémorer.

Tour de pierres
De ce gradin nous apercevons la plaine avec à l'horizon Akhfenir et l'océan Atlantique. Deux hautes tours en pierres sèches, forment un portail. Vu la distance du rivage et l'absence de chemin, difficile d'y voir des bornes ou des amers. Un passage symbolique ouvert sur l'infini ?

banc de craie La plaine d'Akhfenir est un amoncellement de débris quaternaires reposant sur un socle paléozoïque. Sa couverture est un mélange de sables, de marnes et de limons, reliefs de la désagrégation de la montagne rongée par l'océan. La hamada est le résultat d'une mer peu profonde qui couvrait la région il y a plus de 60 millions d'années. Des organismes planctoniques, foraminifères et cocolithes flottant dans l'eau abandonnaient en périssant leurs microscopiques carapaces calcaires sur le fond marin où leur accumulation a conduit à la formation des immenses bancs de craie visibles notamment dans une partie de la région liégeoise ou parisienne et bien-sûr dans les célèbres falaises de Normandie et de Douvres.
La craie ou sa variété le tuffeau apparait très bien sur la photo jointe.

Taffoni ?
Des rochers alvéolés semblent indiquer des taffonis, phénomène d'érosion se produisant surtout dans des roches gréseuses formant ainsi de petites cavités. A moins qu'il ne s'agisse du résultat d'organismes vivants alors dans le plancher marin encore meuble ?

Organismes fouisseurs ?
Cette roche ci pourtant semble indiscutablement avoir été formée d'une boue habitée par des bestioles fouisseuses, tels des vers et des arthropodes marins.

Vertèbre
Et soudain, bingo ! Je ramasse une fort belle vertèbre pétrifiée. A cette période du mésozoïque, les vertébrés susceptibles de produire un ossement de cette taille ne pouvaient être que des poissons ou des reptibles, le plus important mammifère n'étant guère plus gros qu'une souris. Alors dinosaure, oui, mais lequel ?
(Nous dénicherons encore un os dans les parages, hélas à l'heure actuelle je n'ai pas encore retrouvé la photographie que nous en avions prise).

Sur la hamada d'Akhfenir.

Bébés chameaux Les seuls chameaux montés au Maroc le sont par les touristes comme ici sur une place d'Essaouira (cliquer ici). Les nombreux troupeaux broutant dans ces régions désertiques sont destinés à la consommation de viande locale. La plupart du temps, le chamelier suit à pied ( ici ), en vélo tout terrain ou en vélomoteur ( ici ). Mais il semblerait que les chamelles ayant mis bas soient volontiers réticentes à suivre le troupeau alors nos chameliers, en jeep cette fois, usent d'un stratagème fort efficace. Après avoir embarqué les bébés chameaux dans la benne de la jeep en les recouvrant d'un filet pour les empêcher de fuir, les éleveurs n'ont plus qu'à rejoindre le troupeau, les mères suivant bien sagement.
Avouez que ça vous change de la fière représentation de l'Homme bleu chevauchant son dromadaire !

abreuvoir Drame sur la hamada !
Les discussions sur ce sujet étaient tellement vives au village que nous avons tenu à vérifier de nos propres yeux.
Le parc de 117 éoliennes géantes construites ou en cours de construction sur la hamada d'Akhfenir requiert d'énormes travaux de génie civil requérant notamment de grandes quantités de béton. Afin de laisser la communauté locale profiter des bénéfices apportés à la nation par ces turbines, un des entrepreneurs a été prié d'aménager sur la hamada les abreuvoirs d'un puits utilisé par les nomades et leurs troupeaux. Ce qui fut fait. Le problème alimentant la controverse est que l'ouvrage terminé, le socle des abreuvoirs est quelques 30 cm plus haut que le terrain. Les idiots de chameaux ayant la funeste habitude de se ruer en troupe serrée sur le point d'eau et de s'en retirer en marche arrière amènera inévitablement des pattes cassées. L'entrepreneur lui râle, car il n'en finit pas d'aligner sur papier le nombre de camions de remblais nécessaire pour rectifier la dénivelation. L'orage gronde !

C'est quoi une hamada ?
C'est quoi une hamada ? Wikipédia vous répondra qu'il s'agit d'un plateau rocailleux surélevé des régions désertiques telles que le Sahara. C'est à peu près cela, sauf que le plateau est régulièrement creusé de vallées fossiles voire de canyons abrupts et profonds et que si certains endroits sont en effet rocailleux, la terre rouge et le sable en recouvre une bonne partie. A noter que l'eau, douce tout du moins, y est totalement absente sauf à certains endroits ou des puits forés rencontrent la nappe phréatique quelques dizaines de mètres plus bas.

Canyon
Voici justement un de ces rares canyons creusé par le ruisseau qu'on aperçoit parmi la verdure. Encore une fois, la photo est trompeuse quant à une descente facile. Les parois sont fort raides et la roche friable. Tout concourt à une arrivée mouvementée en bas au risque de se casser la jambe comme les ahuris de dromadaires autour de l'abreuvoir. Il nous faut donc trouver un chemin possible.

La source
Nous remontons jusqu'à la source toute proche qui coincide avec le début du canyon. Le plafond calcaire de la hamada sapée par la nappe phréatique s'est effondrée et le ruisseau sourd dessous les épaisses dalles.

L'eau murmure
L'eau murmure, cristalline glissant sur une pelouse parmi les roseaux et les buissons épineux. Pourtant je ne distingue pas un seul poisson pas plus que de batracien. Etrangement, aucun animal dans l'herbe, ni mammifère, ni reptile et aucun oiseau. L'eau est pourtant si pure et froide ! Un doigt mouillé porté à ma bouche et la réalité l'emporte : Cette eau est salée.
De faibles pluies en faibles pluies, depuis des milliers d'années l'eau emprisonnée dans le sous-sol a lessivé celui-ci et concentré le sel dans les profondeurs.
L'absence totale d'outils lithiques démontre le rejet certain de cette belle eau empoisonnée depuis l'aube de l'humanité.

deux jarres
Quelques tombes aux pierres dressées constituent un petit cimetière de tradition musulmane. Un maladroit graffiti en lettres arabes sur un modeste caillou et quelques pierres entourant les tombes sont les seules traces de ces nomades. Les deux jarres serrées l'une contre l'autre forment un émouvant symbole...

Ecureuil de barbarie
Les abords de la route sont surveillées par les écureuils de barbarie. Ceux-ci sont particulièrement nombreux à la tombée du jour et il m'est maintes fois arrivé de grimper sur les freins de la voiture, surpris par la traversée soudaine de ces bestioles à la queue plate et touffue.

ailes de mouche Lors de nos premiers passages, nous avions remarqué quelques larges cercles parfaits non loin de la route. Nous avions mis cela sur le compte des ouvriers ayant tracé le chemin. Si de ci de là nous voyions parfaitement les restes de campement des travailleurs, je m'interrogeais cependant sur la perfection des cercles repérés et surtout sur leur raison d'être dans le monde de l'asphalte.
Ce n'est que très récemment que j'ai pu mettre en liaison ces cercles (particulièrement celui-ci barré par un couloir) avec les vastes monuments lithiques tels les ailes de mouches que nous rencontrerons plus tard ( voir -ici- et -ici- ).
Rédiger ce blog en revisitant nos photos maintenant, nous permet de découvrir des éléments qui ne nous avaient pas sauté aux yeux sur le terrain. Du pain sur la planche pour notre prochaine visite.

Anes sauvages
Cette année là, les ânes sauvages étaient de ce côté de la hamada. Une autre fois nous trouverons le troupeau dans la vallée de la Chbika une cinquantaine de km plus loin. Il n'y a pas que nous pour aimer le dépaysement !

petit âne au galop
La route semble excellente... jusqu'à ce qu'on arrive dans les terribles nids de chameaux qui obligent à négocier au pas de larges portions de route faute de déchiqueter les pneus ou de désarticuler la suspension de la voiture.
Soudain, nous apercevons un petit âne sauvage galopant le long de la route. Imperturbable, il n'est en rien affecté par notre voiture qui l'accompagne tout au long de 5 kilomètres. Bondissant, il survole littéralement la rocaille rougeâtre tandis que nos réflex crépitent.
J'ai appris ce matin le décès d'un de mes amis chers et la triste nouvelle trotte dans ma tête. Soudain, son caractère entêté et fonceur, s'identife au petit âne filant je ne sais où. Il y a peu, Marcel venait de me rappeler ma promesse de l'emmener ici.
Salut l'ami !

Lichen
De nombreux arbrisseaux et les cailloux des sols nus portent des lichens. Surprenant pour moi qui les croyais réservés à nos climats nordiques froids et humides.

ammonites
Dans la main de Solange, un de ces fossiles recherchés par nos géologues de la table d'hôte de la "Courbine d'argent" l'année suivante (cliquer sur ammonites )

Météorite ?
Les yeux au ras du sol, je déniche un caillou qui a toutes les caractéristiques d'une météorite. Pas étonnant : le manque d'humus et de végétation où s'enfoncer et la sécheresse du climat, protègent ces visiteurs cosmiques pendant des milliers d'années. Cela dit, pas évident d'affirmer car tant de cailloux revêtus de la patine du désert jonchent le Sahara. Celui-ci pourtant semble s'être brisé en heurtant le terrain.

Solange botanise La passion de Solange pour les fleurs l'emporte sur les inconvénients de la position vis à vis de ses lombaires. Elle botanise donc à tours de pellicule.

Quelques photos de fleurs prises par Solange danc ce tableau.

fleurs orange fleurs roses fleurs rouges
Plante grasse violacée Fleurs blanches fleur et épines
statices Fleurs d'une plante grasse Arbuste mort

Village préhistorique
Sur les rebords d'une vallée fossile creusant le plateau, nous dénichons un village préhistorique. Quelques dizaines d'habitations en contrebas et des tumulus funéraires sur le dessus du plateau sont parfaitement visibles. Nous trouvons nombre de silex taillés. La région était donc habitée dans un lointain passé. En inspectant les lieux, nous décelons l'emplacement de la source maintenant tarie qui leur permettait de survivre.
Voir décembre 2016 ci-dessous

habitation préhistorique
Ci-contre une de ces habitations préhistoriques. L'ouverture dans le mur permet immédiatement d'éliminer l'hypothèse d'un tombeau contrairement aux tumulus sur le proche plateau. L'étroitesse semble démontrer l'individualisme des occupants, ne permettant d'abriter plus d'un ou deux individus. La basse couverture en branchages parait démontrer que l'abri n'était guère envisagé que pour le repos...
Décembre 2016 : loupé ! Une nouvelle visite des lieux démontre notre erreur. Il ne s'agit pas de traces préhistoriques mais bien d'un retranchement militaire lors d'une lointaine guerre oubliée. Une quarantaine de kilomètres plus loin, le sable découvre des fragments rouillés d'épées et des pointes de lance parmi des silex taillés. Une fois de plus, la prudence nous impose la circonspection dans nos conclusions.

pelouse de lichens
Ici le moindre caillou capable de rester immobile quelque temps se coiffe de lichens.

Nécropole
Prospectant les bords de route, notre flair de chasseurs archéologues aidant nous dirige vers une éminence rocheuse et nous découvrons une imposante nécropole à ses pieds.

Tumulus en pierres plates
D'impressionnants tumulus en lourdes pierres plates s'étalent autour de l'éminence rocheuse elle-même coiffée d'un tertre.

Tombes islamiques
Si la plupart des tombes paraissent d'époques pré-islamiques, la tradition semble s'être conservée par la suite et quelques agglomérats de tombeaux sont bel et bien musulmans.

Tumulus à antennes
Re-Bingo ! Tout comme la découverte des ailes de mouche décrite plus haut, c'est au moment même où je rédige que je m'aperçois que la photo prise montre un beau tumulus à antennes, semblable à ceux que nous objectiverons plus tard dans la vallée de la Chbika ( -ici- ), à Tata ( -ici- ) et à Foum Zguid.
Belle preuve que le travail sur le terrain devrait toujours être accompagné d'une soigneuse analyse postérieure.
Si l'envergure de ce monument précis est minuscule par rapport aux autres découvertes, il n'en s'agit pas moins de la même démarche rituelle. Vous découvrirez quelques monuments similaires (et des bien plus grands) quand j'aurai enfin le temps de rédiger la suite de ce récit sur la page suivante dédiée aux oueds Chbika et Aabar.

L'orage
Tous les natifs du coin vous le confirmeront : il ne pleut jamais ici. Sauf quand nous sommes là ! Nous allons en effet déguster en fin de journée un de ces orages dont on garde longtemps le souvenir.
 
Alors maintenant on file s'abriter à Akhfenir à toute vitesse...

hamada inondée
Décembre 2017 : il ne pleut jamais ici avais-je dit ?. Nous découvrons cette fois la hamada inondée par les violentes pluies qui se sont abattues sur la région ces derniers jours. A l'arrière plan, vous observez une partie des génératrices du parc éolien d'Akhfenir.
 
Le terrain est impraticable, même à pied. Les fines particules du limon créent une boue collante rendant la marche pénible et transformant nos chaussures en bottes de cosmonaute.

 

Fin de la page 17a, pour lire la suite du récit cliquez sur la flèche à droite ci-dessous.

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