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La quête du désert

Page 12 mise à jour le 17 avril 2014

Guy DENOEL

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Les Poissons du Sahara - page 12

 

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De Assa à Zag

Chamelier et ses bêtes A notre départ de l'hôtel ce matin à Assa, l'odeur âcre et entêtante des ordures en train de brûler flottait sur le paysage. Des femmes armées de bâtons retournaient les petits tas de déchets essayant de récupérer quelqu'improbable objet. Notre but espéré est la ville de Mahbès, à 180 km d'ici, en plein dans la zone contestée à quelques kilomètres de la frontière algérienne et non loin de Tindouf où les troupes rebelles seraient massées avec chars, canons et tout ce qui fait la triste joie des combats. Nous avons peu, sinon aucune chance d'arriver jusqu'à Mahbès car les Forces Armées en interdisent l'accès nous a-t-on dit à Assa, mais l'envie de découvrir cette vaste hamada nous incite à tenter le voyage.

Vite un coup d'oeil La route descend en ligne droite sur 20 km avant d'aborder la vallée du Draa et de traverser ce vaste lit asséché, sur un long radier. L'épaisse couche de limon creusée de profondes ornières par les crues est semée d'une végétation dense de hauts tamaris, contrastant avec l'aridité des collines entourant le fleuve endormi. Un chamelier et son troupeau d'une trentaine de bêtes traverse la route suivant la bande de végétation divisant le désert. Toute la rive Sud de l'oued Draa est bordée par l'impressionnante muraille du djebel Ouarkiz barrant le paysage comme un rampart de 300 mètres de haut. Le temps d'un arrêt photo et repérant un puits, j'y jette un rapide coup d'oeil avant les amères mises en garde de Solange toujours réticente à mes investigations souterraines.

Fouette-queue Mon instinct de chasseur a bien fonctionné, il y avait bien quelque chose dans le puits comme vous pourrez le vérifier en cliquant sur le lien qui précède ! Un peu plus loin, un gros lézard fouette-queue s'est immobilisé dans les rochers du bord de route et nous surveille d'un oeil attentif. Quarante bons centimètres de long, puissantes griffes et écailles démoniaques me dissuadent d'en tenter l'approche. Près de là, un beau scorpion noir, mort, nous montre qu'il faut prudemment s'abstenir de retourner les pierres ainsi que de ne s'engager à travers la (très rare) végétation qu'après avoir bien marqué notre présence pour faire fuir ce qui s'y cache. La marche en sandales ouvertes, adaptées à ces chaleurs ne l'est par contre pas pour la prévention des morsures de serpent ou de scorpion.

Bouquet de palmiers
Les manuels touristiques du Maroc et autres guides de routards, indiquent que des sites de gravures rupestres seraient légion dans la région de Tizgui. A Assa, on nous l'a confirmé en parlant d'un barrage sur l'oued Draa, barrage gardé par des militaires. Une route toute nouvelle remonte le lit de l'oued à travers la montagne et nous décidons de tenter l'aventure. Après un temps interminable sur cette belle piste totalement déserte nous remarquons un bouquet de palmiers dans la montagne.

Fer à cheval Tandis que Solange vaque à ses habituelles occupations photographiques préférée, la flore, je contourne les éboulis afin d'atteindre un étroit plateau surplombant la vallée. Quelques artefacts de silex taillés m'indiquent que ce lieu fut dans un lointain passé occupé par nos ancêtres. Leur rareté me semble indiquer toutefois une présence non permanente bien que de précédents travaux de recherches archéologiques pussent le justifier. Aucune trace de gravures, toutefois je découvre plusieurs étranges structures en fer à cheval orientées géographiquement.

Abri sous roche
N'eut été la direction vers la falaise, j'eusse pu croire à des abris de fusiliers, mais tel n'étant pas le cas, il s'agissait d'évidence de structures rituelles de longue date. Un peu plus loin, le bel abri sous roche ci-contre, entouré d'un mur, semble indiquer qu'il s'agissait là d'un refuge permettant entre autre de se protéger la nuit des agressions de bêtes sauvages. Panthères et autres lions ayant disparu du coin depuis pas mal de millénaires, l'ancienneté de la construction ne me semble plus à démontrer.

Lit du Draa
Nous voudrions explorer les falaises abruptes qui dominent le lit à sec du Draa sur l'autre rive mais la densité de la végétation dans cette étroiture de la vallée nous empêche de traverser. Le limon est particulièrement bouleversé et nous craignons d'y rencontrer des sables mouvants.

Petits poissons La nappe phréatique affleure, la végétation en témoigne et dans une mare au milieu de la broussaille quelques petits poissons nagent. Un jeune homme sorti de nulle part nous intercepte gentiment, un soldat. Ainsi qu'on nous avait prévenus, l'armée est ici et nous n'irons pas plus loin. Son français est très hésitant et j'essaie de me renseigner sur les gravures rupestres espérées. Pas évident quand on a de telles difficultés de communication d'expliquer ce que nous recherchons. Bien que son séjour dans le coin date déjà de plusieurs semaines il ignore tout de nos attentes archéologiques.

Four à pain artisanal Il nous mène à son quartier général où assis sur une natte nous prenons le thé préparé par le commandant du poste. L'eau est puisée directement dans le lit de l'oued et j'avoue n'être pas trop rassuré en buvant ce thé par politesse élémentaire. Assurément, peu de touristes arrivent jusqu'ici, ils nous font d'ailleurs comprendre que nous sommes les seuls visiteurs depuis belle lurette. L'accueil est cordial et amical mais hélas nos échanges fort limités car à part notre jeune soldat, ils ne parlent qu'arabe. Les uns et les autres sortent de leur portefeuille les photos de famille, qui des enfants, qui une épouse, nous rompons le pain qu'ils nous présentent avant de visiter brièvement leur quotidien. Une armoire pour les uniformes, une chaise (pour Solange), une natte sur le sol, un réchaud à gaz et un four à pain à l'extérieur c'est toute leur fortune pour un séjour de plusieurs mois totalement isolés.

Djebel Ouarkiz Le barrage est bien là, mais totalement à sec. Il aurait nous dit-on des problèmes d'étanchéité. Je ne comprends toujours pas sa raison d'être. Pour les chèvres et chameaux nous disent les soldats. Je ne suis toujours pas convaincu ! Nous rebroussons chemin sans avoir trouvé nos gravures rupestres. (Je découvrirai plus tard, que le nom du lieu est le même qu'un autre distant de plus de 150 km et lui, bien pourvu en oeuvres d'art préhistoriques... Une fois de plus, méfiance envers les guides touristiques, comme je l'ai déjà appris à mes dépens).
Nous grimpons plein Sud la muraille du djebel Ouarkiz. C'est avec un frisson dans le dos que je contemple les traces des véhicules gravissant l'impossible chemin menant là-haut aux antennes relais...

Corvée eau de nomades La route est peu fréquentée, de hauts camions bleus surchargés de marchandises, des véhicules militaires, un ou deux autocars, quelques pick-up de nomades transportant leurs réserves d'eau à travers le désert, des 4x4 blancs de l'ONU et les inévitables grands taxis roulant comme des fous sont les seuls utilisateurs de cette route conduisant à nulle-part. La voie est étroite, et il faut partager l'asphalte. Je préfère épargner la carrosserie et le pare-brise de la Toyota en cédant le passage automatiquement à la vue d'un véhicule approchant. C'est plus sage. A part les conducteurs des grands taxis, l'oeil rivé sur la route qu'ils dévorent à tombeau ouvert, tous les occupants nous saluent d'un grand signe de la main ou d'un appel de phares.

Les hamadas
Après le dernier sursaut du djebel Ouarkiz, nous abordons une grande plaine légèrement vallonnée et entourée des collines qu'on devine à l'horizon. Ces vastes plateaux désertiques s'étendent sur des milliers de kilomètres. à travers tout le Nord du continent africain, d'Est en Ouest. Pourtant, l'uniformité des paysages n'est qu'une illusion car à l'examen, les couleurs et la nature du sol changent à chaque kilomètre.

Inhospitalier Nous sommes ici dans un des endroits les plus inhospitaliers de la planète. Le sable et la pierre se disputent le sol. De petites dunes apparaissent et disparaissent en quelques minutes. Les hauts tourbillons de poussière s'élèvent soudain avant de filer vers l'horizon en étroites tornades. Le calme n'est qu'apparent car le désert chante sans cesse sous les caresses du vent soulevant parfois d'étonnants hurlements. Les mirages ici ne sont pas que visuels et à plusieurs reprises je me suis fait surprendre par l'illusion d'entendre un train ou même un avion au décollage.

L'apparence
La paisible torpeur du paysage est pourtant trompeuse car l'idée de mort est présente partout. Les ossements blanchis ci et là, prouvent que la vie y est seulement tolérée, même la végétation, présente à peu près partout, après examen se révèle n'être rien d'autre que morte. Seules quelques graines frémissantes au bout des rameaux desséchés annoncent que la vie s'accroche obstinément envers et contre tout.

Obus
J'ignore ce qu'est ce truc et je n'ai nulle envie de le tripoter pour le savoir. Nous sommes ici dans une zone de conflit et des tas de munitions, plus ou moins récentes traînent sous le sable. Ce même jour, au pied d'un inselberg, nous avons trouvé deux mines à moitié découvertes par le sable. Je n'ai pas jugé bon traîner dans le coin pour un safari photo et nous sommes partis sans demander notre reste.

Végétation
La végétation est présente partout, sous forme d'acacias principalement, de tamaris dans les dépressions et aux endroits où le sable s'accumule.
Des bancs de roches affleurent parfois et on distingue d'étranges fossiles, comme des boîtes (Pavé droit en langage mathématique) ou encore des coquillages. Le temps nous manque hélas car les distances sont importantes.

Route de Zag La route s'étend vers Zag. De temps à autre, une piste quitte la route pour s'enfoncer dans le désert. Sauf dans le lit du Draa, ainsi qu'immédiatement après le djebel Ouarkiz, il est fortement déconseillé de s'aventurer dans des chemins incertains. La probabilité de tomber sur un cul de sac, de s'ensabler ou de casser une roue n'est pas négligeable et se retrouver à des dizaines de kilomètres de toute aide est problématique voire suicidaire. Dois-je ajouter que l'utilisation de téléphone portable est rien moins qu'hypothétique et qu'enfin les objets explosifs décrits ci-dessus ne sont pas qu'une simple éventualité ? Avis aux amateurs de randonnées moto-tous-terrains ou 4x4 !

Guelb Quelques mois avant une de nos visites, j'avais lu dans les actualités qu'une jeep de nomades avait ainsi sauté sur une mine tuant ses occupants, père et fils. L'événement n'est absolument pas anecdotique. Les champs de mines, installés par les divers belligérants depuis 60 ans, y sont toujours enfouis, les hostilités mouvantes ayant amené les uns et les autres à oublier les lieux piégés.
Sur les regs semés de guelbs nous trouvons ces inselbergs typiques des paysages désertiques tels des couvercles de tajines ( détail ici ). C'est au pied d'une colline semblable que nous avions déniché les engins de mort. A n'aborder qu'avec circonspection évidemment.

Route de Zag
A part quelques traces d'occupation militaire contemporaine, rien ne semble avoir vécu ici par le passé, même lointain comme lors des grandes glaciations du Quaternaire. Pas de traces de pierres taillées, ni de constructions. Je pense que l'endroit devrait receler des surprises mais l'immensité est telle qu'il faudrait y consacrer toute sa vie. Avec un véhicule adéquat sans doute pourrions nous approcher des oueds que nous devinons au loin, mais ce n'est hélas pas le cas.

Le marabout
Quittant momentanément le plateau la route rejoint les abords de l'oued Zag, un affluent du Draa, bien évidemment asséché mais dont le lit recèle ça et là des traces de végétation et même d'humidité. Un marabout en plein désert nous avait intrigué lors de notre premier passage il y a quelques années et j'y avais incidemment découvert quelques artefacts datant de la préhistoire. Ce souvenir m'était revenu en mémoire alors que j'avais été sollicité par des amis afin de faire découvrir un site préhistorique belge de la région liégeoise.

L'oued Tata envasée
Le souvenir de ce marabout, bâtiment culturel récent ou rénové, entouré de sépultures inhabituelles et en plein désert m'avait amené à l'hypothèse que si les hommes n'hésitaient pas à raser villes et villages, il n'en allait pas de même des lieux de sépultures qui à travers les époques restaient des lieux de respect, voire de crainte pour la postérité. Tout du moins pour le passé car en ce qui concerne "l'homo occidentalis" (néologisme personnel), les notions de sacré semblent bien éloignées de ses préoccupations.

Sépultures ceintes de murets Mon instinct d'explorateur en herbe m'avais donc poussé à y revenir pour pousser plus loin mes investigations. Autour du marabout lui-même, une construction relativement récente et bien entretenue, on découvre de hauts murets de pierre sèche, dessinant des formes ovales ou rondes, certaines avec une ouverture permettant l'accès de plain pied, d'autres non, mais dans les unes et les autres on peut remarquer des pierres plates plantées verticalement dans le sol comme il est de coutume dans ces régions pour indiquer une tombe. L'ancienneté est bien sûr difficile à déterminer, mais la parfaite orientation de certaines constructions dirigées Sud-Nord semble indiquer une période pré-islamique.

Refuge Nous relevons à nouveau de menus artefacts en calcédoine et en agate, indication que ces lieux furent occupés lors des temps préhistoriques. Des nattes, un réchaud, dans une sépulture montrent qu'il s'agit là d'un refuge où les nomades passent de temps à autre la nuit protégés du vent. Quoi qu'il en soit, cette déclinaison de constructions récentes et anciennes nous semble suffisamment intéressante que pour nous inciter à revenir faire de plus amples recherches. Nous en parlerons en détail dans la page suivante de ce récit.

Zag La ville de Zag est un de ces lieux sahariens typiques. Personne ne vient ici et le temps semble s'y être arrêté. Les gendarmes contrôlent minutieusement toutes les allées et venues. L'étranger voyageur, a tout intérêt pour aborder le désert à se munir d'un bon nombre d'exemplaires d'une fiche sur laquelle il aurait dactylographié, nom, prénom, adresse, naissance, nationalité, numéro passeport, numéro police, date entrée au Maroc, immatriculation voiture, destination etc... Cela lui épargnera vingt bonnes minutes d'attente à chaque contrôle qui seront très nombreux au Sud de Guelmin.

Zag vu de l'oued Les gendarmes, policiers et militaires, n'hésiteront généralement pas à entamer la conversation avec vous. Parfois pour vous faire part de leur fierté pour leur région, parfois aussi pour vous dire leur désappointement de moisir dans un trou perdu... Soyez prudent avant de donner votre sentiment, et soyez certain que vous ne prendrez pas votre interlocuteur à rebrousse-poil. Ici les contacts humains ont encore une grande importance, la politesse est de mise et plus encore qu'autre part il vaut mieux tourner 7 fois sa langue dans sa bouche.
La petite ville, ou plutôt le gros village de Zag s'étend de part et d'autre de l'inévitable grand-rue monumentale. Nous ne nous y attarderons guère car les Saharouis nous ont fait un tableau guère avenant de Zag, affirmant que l'étranger est loin d'y être bienvenu. Nous ne tenterons pas l'expérience cette fois-ci.

Résurgence
La ville domine une petite palmeraie chétive où de petites étendues d'eau saumâtre apparaissent étonnamment dans cet environnement aride. Les mares sourdent d'on ne sait où du sable pour s'étaler avant de tomber goutte à goutte du haut d'une falaise formée d'imposants bancs calcaires, reliquat d'une imposante cascade aux temps lointains où le Sahara était encore verdoyant.

Grenouille
Malgré tous mes efforts je n'ai pu dénicher qu'une grenouille pour tout habitant des eaux à Zag. Serait-ce la salinité trop élevée ? Pas la moindre trace de la nageoire d'un poisson. Pourtant tout me laisse croire que ces plans d'eau sont pérennes.

Seguia
Une seguia part des sources de l'oued Zag pour serpenter le long de la pente et irriguer les collines alentour. Nous observons un certain nombre d'exploitations agricoles dans le désert proche, vraisemblablement arrosées par ces biefs.

Femme saharouie
Le village de part et d'autre de l'oued Zag est parsemé de jardins, au plutôt des parcelles de cultures indéterminées, elles-mêmes ceinturées par de hautes palissades en roseau. Je présume que c'est une protection contre les vents desséchants. A cette époque de l'année (cette fois c'était en avril) pas grand chose n'y pousse à part quelques maigres touffes de luzerne. Une femme saharouie parcourt la seguia, enlevant de-ci de-là, les sachets de plastique colorés qui volent au vent et s'accrochent au moindre obstacle. Cela hélas n'a pas changé par rapport aux habitudes des autres régions.

Route de Mahbès
Nous quittons Zag par la route de Mahbès. Après avoir brièvement suivi le lit de l'oued ensablé, le chemin s'élève rapidement en lacets entre des falaises blanchâtres annonçant la craie des hamadas. Ci et là apparaissent de hauts inselbergs, témoins de l'ancien socle primaire, vraisemblablement le carbonifère si je peux en juger d'après les roches.

Hamada de Tindouf La route débouche alors sur un plateau mollement vallonné, s'étendant à perte de vue, sans repère pour l'oeil. L'ancien socle africain déjà recouvert ici par ce qui reste des vieilles mers paléozoïques. Ces roches du carbonifère et du dévonien déjà évoquées ci-avant, au temps des dinosaures ont été immergées par un bras de mer reliant ce qui allait devenir l'océan Atlantique à la Thétys, ce vieil océan précédant la Méditerranée(Explications volontairement succinctes et approximatives). Dans ces eaux peu profondes se déposera d'abord la craie, puis d'autres sédiments durant le tertiaire, recouvrant les terrains paléozoïques d'une couche uniforme de roches récentes.

Chameaux Dès notre arrivée à Zag, le contrôle de police nous avait annoncé qu'il nous serait impossible de poursuivre plus en avant vers Mahbès car la route serait dorénavant en territoire militaire. Nous sommes ici sur la hamada de Tindouf et un poste militaire après contrôle nous autorise à avancer jusqu'au prochain barrage à la condition expresse de ne quitter la route sous aucun prétexte et surtout de ne pas nous aventurer sur l'une ou l'autre piste.

La route s'étire
Convaincus de la véracité de ces recommandations par nos précédentes expériences de champ miné, nous n'avons nulle envie de déroger.
La route s'étire interminablement sur le morne plateau de la hamada et à part quelques chameaux au loin, on ne distingue aucune trace de vie. Le mot "nomades" dans les mises en garde des soldats aux postes de contrôle avait une connotation menaçante et malgré notre envie de découvrir la région, les immensités horizontales qui nous entourent n'incitent pas à la relaxation.

Végétation
Une végétation rabougrie se mêle de temps à autre au sable. Ces "trous" poussiéreux sont les seuls points de repère pour l'oeil, et il est très difficile d'évaluer les distances et encore moins les pentes ou les altitudes de la topographie. Le relief est tout à fait inexistant. Pas la moindre indication que l'eau puisse exister quelque part, même à grande profondeur et donc pas trace de puits.

Un monde invivable
Nous nous sentons mal à l'aise et nous décidons de faire demi-tour avant de rencontrer l'ultime point de contrôle qui nous fera rebrousser chemin. Même sans les circonstances du conflit, je doute réellement que quelque objet puisse aiguiser notre curiosité dans ce paysage gris et sans repère, sans doute un des plus mornes des déserts que nous avons parcourus jusqu'à présent. Ce monde ci nous parait invivable.

Retour vers Zag
J'échange quelques mots avec le soldat au point de contrôle. C'est un ancien de Dakhla, au Sud, à 1000 kilomètres à vol d'oiseau d'ici. Il nous parle du "vrai" désert. J'ignore ce que cela signifie pour lui. C'est une des difficultés entre les hommes, être sûr de parler le même langage, d'utiliser des mots portant la même signification... "Les mots sont source de malentendu" disait Antoine de St Exupéry.

Crétacé
Nous quittons la hamada et redescendons vers Zag. Nous retrouvons le monde des collines et de la pierre. La route plonge entre les falaises de craie bordant la hamada.

Sable Quelques dérisoires obstacles en roseaux tressés tentent de ralentir l'avancée du sable à l'approche de Zag. L'entreprise parait désespérée.

Utilisateur Des convois militaires, quelques voitures blanches aux vitres teintées de la mission MINURSO (ONU) et des ânes comme celui-ci qui nous précéde à l'entrée de Zag, seront les seuls utilisateurs de cette route que nous croiserons.

Encore une centaine de kilomètres de désert et nous rentrerons fourbus à notre hôtel à Assa.

 

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