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La quête du désert

Page 11 mise à jour le 25 décembre 2015

Guy DENOEL

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Les Poissons du Sahara - page 11

 

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De la vallée d'Amtoudi à la ville saharienne d'Assa

Oued Seyad Après Icht, nous décidons de rejoindre Assa au Sud, non pas en suivant la nouvelle route de 70 km y conduisant directement, mais par un détour via la vallée d'Amtoudi vantée par le Guide du Routard. Nous roulons plein Ouest en direction de Guelmin en laissant le djebel Bani à notre gauche. Peu avant Taghjicht, nous traversons ensuite l'oued Seyad (sur la photo à droite) et faisons route vers le Nord pour rejoindre le petit village d'Amtoudi dans l'Anti Atlas. Les routes sont quasiment désertes mis à part les gros camions qui nous saluent de la main au croisement.

Désert fleuri
Le désert est joliment fleuri en ce mois d'avril. Solange en profite pour prendre des photos de fleurs à tour de bras tandis que je fais le point sur notre progression ( voir ici en cliquant sur : fleurs bleues --- fleurs blanches --- fleurs jaunes ). Nous ne pourrons nous attarder longtemps dans la région car après notre visite d'Amtoudi, il nous faudra encore rouler plus de 150 km avant la nuit pour atteindre Assa.

Agadir Idrair
La vaste plaine est le résultat de l'accumulation de limon apporté des montagnes par les oueds et par les vents. Elle est très fertile, au moins dans les quelques endroits arrosés par pompage de la nappe phréatique, soit encore irrigués par des khettaras. Je n'ai guère le temps de me pencher sur le sujet car la matinée avance. Nous atteignons le village agricole d'Agadir Idrair sur l'oued Tinglat.

Un champ d'oignons
Les habitations respirent la prospérité et la tranquillité (Ici, un champ d'oignons au milieu de la palmeraie). Nous sommes au printemps et les cultures maraîchères sont encore nombreuses. Des ânes entravés à l'ombre des palmiers et le choc des houes confirment le travail des paysans. Ceci est surprenant pour un européen; je n'ai jamais vu dans ces régions de l'agriculture mécanique : pas le moindre tracteur ni même charrue ! Le travail de la terre se fait toujours à la main au moyen de houes, faucilles et autres râteaux.

Une femme marche parmi les jardins
Une femme marche parmi les jardins, revêtue des habits similaires en forme et en couleurs à ceux que revêtent les quelques femmes entr'aperçues de ce village. L'endroit respire la paix et cette femme n'hésite pas à nous sourire spontanément au passage. Une femme manifestant sa sympathie envers les étrangers n'est pas chose commune dans ces régions.
Une dizaine de km avant Amtoudi, nous chargeons trois hommes marchant sur la route. Ici pas de bus, les seuls moyens de transport sont les souliers (Ou plutôt les babouches pour les locaux), et bien sûr l'auto-stop.

Agadir de Id Aïssa Cela nous arrivera souvent de charger l'un ou l'autre marcheur (et plus rarement marcheuse, mais ce fut le cas cependant) ou auto-stoppeur attendant en bord de route. Dans les régions du Nord (spécialement dans le Rif), je ne m'y risquerais pas, mais ici il en va tout autrement et à maintes reprises, il m'est arrivé de refaire spontanément marche arrière sur de nombreux km pour charger des gamins en me rendant compte des énormes distances qu'ils auraient à marcher pour gagner leur village ou leur école. Ici, c'étaient des imams et nous les déposâmes devant la mosquée d'Amtoudi. Si la politesse était cependant de rigueur, nous n'avons pas ressenti une chaleureuse sympathie à notre égard, contrairement à la plupart des Marocains. Sur la photo à droite, vous voyez la forteresse de l'agadir de Id Aïssa surplombant le village d'Amtoudi (Voir un Détail ici)

Agadir d'Aguelloui Le mot agadir signifie grenier. Les récoltes des paysans disséminés dans toute la région y étaient mises en sécurité afin de les protéger des pillages et autres agressions dont l'habitat dispersé favorisait la perpétration. Je crois savoir que les biens précieux pouvaient également y être déposés. C'étaient en quelque sorte des forteresses. Sur ces photos, vous pouvez vous rendre compte que l'accès à ces greniers était tout autre chose qu'une simple échelle de meunier ou un chemin paisible. De nombreux villages portent ce nom d'Agadir, y compris la célèbre ville sur l'Atlantique, pour les raisons évidentes qui précèdent. A droite l'agadir d'Aguelloui le deuxième agadir d'Amtoudi surplombant la palmeraie.

Agadir
Autre vue, de l'agadir d'Aguelloui à droite ainsi qu'un détail ici. Ils semblent tous deux en parfait état de conservation et on peut le visiter moyennant avis au gardien. Cependant, il faudrait gravir un méchant sentier pour nous rendre là-haut et j'affirme que nous ne nous sentions pas le courage, de plus, nous n'avons qu'à peine deux petites heures à consacrer à la visite d'Amtoudi et nous optons donc pour la palmeraie et les gueltas dans les gorges.

Ferronneries Le village ici comprend tout au plus deux ou trois centaines d'habitants, il s'agit d'un milieu totalement rural. Comme nous l'avons déjà constaté sur notre chemin à travers les quelques villages traversés, Amtoudi respire une certaine aisance.
Je ne peux résister sur la photo à droite, de vous présenter ces superbes portes forgées. C'est une pratique courante dans ces régions du Maroc de fabriquer les portes chez le forgeron local comme nous l'avons déjà vu ici à Alnif. L'ornementation est chaque fois différente consistant en divers motifs géométriques peints souvent en diverses couleurs.

Nous entrons dans la palmeraie
Nous entrons dans la palmeraie. Elle contient une grande diversité d'arbres fruitiers. Outre le palmier dattier, nous identifions abricotiers, pêchers, figuiers etc... De minuscules parcelles labourées de quelques mètres carrés attendent l'automne pour être ensemencées. Les gens que nous rencontrons, habitants, fellahs poussant leurs ânes, gamins jouant, nous indiquent avec beaucoup de bienveillance le chemin des sources, difficile à trouver dans le labyrinthe des ruelles de la médina. Au besoin et de leur propre initiative, ils corrigent nos égarements. Un groupe de jeunes filles, pouffant de rire, nous lancent de furtifs "bonjour" en français.

Solange mitraille
Tandis que nous remontons le filet d'eau vive d'une seguia, Solange ne peut s'empêcher de mitrailler dans tous les coins, comme ici, sur les superbes fleurs. Vous devinez bien sûr qu'en ce qui me concerne, je suis bien moins attentif à la végétation qu'à ce qui pourrait nager dans ces filets d'eau limpide et je m'efforce de précéder ma compagne, afin d'éviter... ( Mais vous connaissez déjà l'effet désastreux de la gent féminine sur la quiétude des gentils représentants du monde du silence ! )

Coucou c'est moi juste avant de perdre mon chapeau Coucou, là en bas de l'image au centre, c'est moi juste avant de perdre mon chapeau ! Cela pourrait paraître anecdotique mais c'est une mini catastrophe car sous ces latitudes, la tête au soleil conduit rapidement sinon à l'insolation, au moins à de vilaines brûlures sur front, nez et oreilles. Acquérir un chapeau dans ces régions est rien moins que de l'ordre du miracle et il me faudra trois jours et quelques centaines de km pour enfin découvrir un galurin qui me convienne dans un souk. Y remédier par un chèche (turban ou foulard enroulé sur le visage) comme les indigènes des régions sahariennes risque fort de me déconsidérer au yeux des populations locales qui n'apprécient guère les touristes s'appropriant par jeu leurs coutumes et traditions. Je me remémore donc les mois de fenaison de mon enfance et je fais contre mauvaise fortune bon coeur en improvisant un couvre-chef de ces temps, le mouchoir noué sur le crâne. (Un bon conseil, venez avec un chapeau de réserve les chapeliers ne sont pas légion).

Gueltas en amont d'Amtoudi Après quelques kilomètres à crapahuter dans le lit de l'oued nous atteignons les gueltas dans les profondes gorges étroites de l'oued Imjane en amont d'Amtoudi. Des seguias convoient le précieux liquide vers la palmeraie et dans différents bassins-réservoirs couverts de mousse. Des oiseaux plongent au ras de l'eau pour récolter une goutte de liquide et remonter en chandelle. Une hirondelle s'est aventurée trop loin sur la mousse et se débat faiblement dans l'eau où elle se noie. J'attrape une longue palme dessèchée de dattier et tente désespérément de sauver l'oiseau. Las ! Chaque fois que je suis en mesure de le cueillir au bout de la palme, il se débat et s'éloigne. J'abandonne avec un pincement au coeur tandis que je me suis enfoncé dans la paume une longue écharde de palme couverte de poussière. Pas conseillé les infections par ici ! Heureusement, je suis indestructible (ou presque !).

Poissons dans la seguia
 
Héhéhé ! Je vous avais bien dit... Dans l'étroit conduit cimenté de la seguia, j'ai repéré un groupe de poissons qui s'en donnent à coeur joie à brouter les algues tapissant les rebords du bief. Bien entendu, je vous livre les petits chenapans sur la photo ci-contre en vous laissant le soin d'identifier l'espèce.

On dirait le Sud Avant de reprendre la route vers les plaines du Sahara, nous prenons un verre dans la petite auberge pittoresque "On dirait le Sud". Dommage que le logement soit confidentiel, deux ou trois chambres tout au plus, avec un dortoir commun. Nous serions bien restés un jour ou deux ici. Mais à présent nous apprécions beaucoup moins ce genre de lits et le réservons pour les cas extrêmes. Les autres hébergements d'Amtoudi sont du même acabit. Tant pis, on verra pour une autre fois peut-être.
Sur la photo jointe, une des rares "cartes géographiques" disponibles devant la terrasse de "On dirait le Sud". Ce n'est pas de l'ironie, mais une réalité : les cartes géographiques sont quasi impossibles difficiles à trouver. Ce genre de carte griffonnée sur un drap de lit est très utile pour le promeneur et fut d'ailleurs utilisée par le passé dans bien des régions, chez nous notamment.

La route de Fask Nous rebroussons chemin vers le djebel Bani et tournons à droite vers Guelmin en suivant l'oued Seyad jusqu'à la petite ville de Taghjijt. Nous quittons la grand route pour rejoindre Fask par une nouvelle route que nous espérons asphaltée tout au long. C'est presque le cas mais elle est toujours en construction notamment les ponts enjambant les oueds et à maintes reprises, nous devons descendre dans la caillasse pour parcourir quelques centaines de mètres parallèlement au nouveau tracé.

Col du djebel Bani Nous ne ferons pas beaucoup de photos sur ce parcours car le temps presse, le soleil commence à décliner sur l'horizon et ici pas plus qu'ailleurs, je n'ai envie de me risquer dans l'obscurité sur des routes désertes, potentiellement ensablées ou au revêtement arraché. Nous entamons donc la montée du dernier col du djebel Bani avant la descente vertigineuse vers la province d'Assa-Zag. Au loin, nous devinons plusieurs campements de nomades. Le vent souffle très fort et de grosses pierres tombées des parois abrupts jonchent le goudron. Je m'empresse de quitter ces falaises inquiétantes pour la carrosserie de la Yaris.

La province d'Assa-Zagi
Au col du djebel Bani, nous quittons définitivement les monts des Atlas pour la vaste plaine saharienne de la province d'Assa-Zag. Dans le lointain nous voyons la haute barrière du djebel Ouarkziz qui borde le cours de l'oued Draa que nous retrouverons ici plus de 500 kilomètres après Agdz.

La ville saharienne d'Assa

Le service à thé Passées les portes monumentales de la ville (que malheureusement nous ne pourrons photographier vu le poste de police), c'est la taille imposante de la longue avenue rectiligne traversant la ville qui impressionne. Entourée de divers bâtiments administratifs tous neufs, cette avenue est typique de celles des villes sahariennes comme nous l'avons déjà vu précédemment. Plusieurs monuments tentent d'égayer la rigueur solennelle un peu froide. C'est ainsi que le jour de notre arrivée en avril 2012, nous avions photographié ce joli service à thé au centre d'un rond point routier (sur la photo à droite) dont vous trouverez un autre détail ici avant de le retrouver le lendemain matin dans ce nouvel état précis. "M'sieur, c'est une petite fille qui a cassé la théière en sautant dessus" me dira un gamin tandis que je prends la photo.

Deuxième image d'Assa (N'ayez nulle crainte, lors de notre dernier passage fin 2013, la théière réparée tenait encore le coup !)
Après la théière, ceci sera notre deuxième image d'Assa (photo de droite). L'impression de fin du monde et de surréalisme ressentie à notre arrivée se renforce si besoin est à la vue du "conducteur" de l'épave du vieux camion. D'autant plus surprenant, qu'en pays musulman, le chien est parait-il un animal impur, uniquement fréquentable en tant que gardien. A travers le pays, nous avons effectivement vu nombre de chiens, mais toujours dans le bled et souvent en meutes. Ce qui me frappe, c'est que ceux-ci, semblent plutôt craintifs, la queue toujours entre les pattes contrairement à ceux de nos contrées.

La nouvelle ville La ville d'Assa est de prime abord sans grand charme. Les fastueux immeubles officiels bordant l'imposante artère principale suggèrent une impression d'absence de vie, comme si on atterrissait sur une autre planète. Tout est récent, et les rues latérales aboutissent dans une vaste friche urbaine où ronds-points et avenues vides de toute construction alternent avec des îlots de nouvelles écoles et de résidences. Les appareils photo ne sont guère les bienvenus et mieux vaut les garder en bandoulière. Manifestement personne ne vient ici. Seuls coureurs de désert en 4x4 et motos y font parfois étape pour repartir dès l'aube. Le seul résident que nous y ayions vu lors de nos multiples séjours était un sympathique ingénieur japonais s'exprimant en un français parfait. Chargé pendant toute un année de superviser la construction d'une centrale électrique solaire, il nous disait avec un grand sourire être saturé de viande de chameau.

Pleine lune Les commerces et souk d'Assa ne mettent pas franchement à l'aise bien que lorsque on a pu lier connaissance, l'atmosphère se réchauffe. Nous nous trouvons ici dans le monde des Saharouis, et les uns et les autres se revendiquent de l'une ou l'autre tribu. Nous sommes à l'extrême limite des territoires contestés et le terme "nomade" y a une connotation négative, menaçante. L'atmosphère parait bien moins tendue dans les hameaux et les douars environnants où l'accueil est tout à fait cordial. A l'une ou l'autre occasion lors de nos passages, des militaires et gendarmes étrangers à Assa nous ont fait part de l'ennui qu'ils y ressentaient. Des jeunes rénovent le vieux ksar et proposent ci et là des chambres d'hôtes rustiques espérant attirer le touriste qui serait l'unique source future de revenus. Je leur souhaite plein succès, ils le méritent.
Mais pour qui sait patienter pour s'imprégner de l'atmosphère, tout comme les autres villes sahariennes la nouvelle ville d'Assa ne manque pas d'atouts. Peut-être ce clair de lune, sur la photo à droite, en est-il un de choix ?

Assa vue de la nouvelle ville Si la ville récente s'étend interminablement dans la plaine et le long de la palmeraie, la vieille ville d'Assa abandonnée jusque il y a peu se regroupe elle en étages sur un surplomb rocheux dominant la palmeraie, surmontée par un énorme ksar. Vous voyez ici une vue de la nouvelle ville et de la palmeraie photographiées depuis le sommet de la médina.

Mais plutôt que les paroles, rien de tel que les images pour respirer l'air de la ville. Je vous invite donc à vous y promener à votre aise en cliquant sur les miniatures dans le tableau en bas de page.

Seguia dans la palmeraie
Auparavant, permettez-moi de vous inviter, au plus grand plaisir je pense de mes amis pêcheurs, à une brêve incursion dans la palmeraie à travers ces deux images:
- En ce mois d'avril, au-delà des massifs de lauriers roses fleuris vous apercevez bien sûr la vieille ville d'Assa et le ksar, mais surtout au premier plan de grandes flaques d'eau. Et, et, et... ?

Poissons à Assa
Et devinez ce que j'ai trouvé dans ces minuscules gueltas ?
(Chers lecteurs, pardonnez moi de n'avoir pas pu résister à ce caprice de montrer le produit de ma pêche photographique à mes amis pêcheurs.)

 

Photos de la ville d'Assa.

(Cliquer sur les miniatures pour les agrandir)

Centre ville Souk Statues
Boucherie Ravitaillement Bus
Habit Grand-rue Femmes
Passant Passants Passante
Passante en rouge Cheche noir Homme en bleu
Medina Rénovation Festival et tourisme
Ecotourisme Maison d'hôtes Maison d'hôtes
Logement Centre ville Madrassa
Palmeraie et seguia Ksar et palmeraie Guelta

 

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