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La quête du désert

Page 10a mise à jour le 4 janvier 2016

Guy DENOEL

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Les Poissons du Sahara - page 10a

 

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Icht et Foum el Hisn

revus à la lumière de nos recherches 2014 et 2015

Suivis page 10b de Igiouaz, l'oued Tamanart, Aït Ouabili et la route d'Assa

Cliquer sur les photos pour les agrandir
(et sur les liens bleus qui vous conduiront à d'autres photos)

 

Borj Biramane Depuis bientôt une dizaine d'années, une auberge a vu le jour à Icht dans la commune de Foum el Hisn. Lors de nos premiers passages vers 2005, on ne trouvait aucun hébergement digne de ce nom dans un rayon de 100 km. Ce lieu particulièrement isolé à la limite entre Sahara et Atlas, abritait la seule pompe à essence de la région et, sans réseau électrique, c'est à la pompe à main qu'on remplissait le réservoir (Quand il y avait du carburant). Si la station service près de Icht est maintenant raccordée au réseau électrique, méfiez-vous toutefois, aucun autre ravitaillement entre Guelmim et Tata. Quand il arrive comme lors de notre dernier passage que Guelmim soit en panne d'électricité pour ses stations services mieux vaut voyager avec un réservoir plein et le remplir sans attendre la réserve !!!

Le borj L'auberge du Borj Biramane (La tour du chamelier), un superbe motel et un camp pour camping-cars dans un style très saharien, est tenu par 2 sympathiques français, Philippe et Paul. Aurait-elle un rapport avec cette gravure découverte sur le flanc du djebel Bani ?
Naturellement, c'est pour le borj, la tour, que nous optons chaque fois que nous pouvons y choisir notre chambre. De jour on observe la plaine et les flancs du djebel Bani tandis que la nuit est un enchantement quand de la terrasse nous baignons dans le ciel étoilé.

Plaine de l'oued Icht Le borj est situé juste dans l'étroiture d'une cluse traversant l'immense barre du djebel Bani (700 km de longueur). Au S.E. le village d'Icht, au N.E. l'oued Icht longeant le djebel Bani, au N.W. la plaine et la route d'Igiouaz, au S.W. le barrage sur l'oued Tamanart.
La vue ici contre est prise depuis la plaine. A l'horizon on voit nettement la cluse ouverte dans la chaîne du djebel Bani où se trouve l'auberge.

--- L'oued Icht ---

Borj Biramane de l'autre côté de l'oued Ce matin de novembre 2014 nous commençons nos investigations côté NE de l'échancrure du djebel Bani, juste à côté de l'auberge que nous apercevons ici de l'autre côté du ravin de l'oued Icht.
Le bas de la montagne couvert d'éboulis a été plus ou moins dégagé et on y remarque immédiatemment la présence d'imposants tumulus et des gros blocs de pierre plus ou moins assemblés artificiellement.

Premières gravures Il ne nous faudra guère de temps pour repérer nos premières gravures rupestres à moins de 200 mètres du Borj Biramane.
Nous poursuivrons notre recherche sur environ 6 km en "peignant" soigneusement la rive Nord de l'oued Icht où nous découvrirons quelques gravures intéressantes que vous voudrez bien trouver en cliquant dans le tableau ci-dessous.

 

Tableau des gravures du flanc du djebel Bani le long de l'oued Icht

antilope Antilope et fauve Fauve poursuivant autruche
Pointillés Cervidé ? Animaux à cornes

Cercle rituélique ? Cercles et tumulus regorgent sur cette rive. On n'y voit rien de très élaboré mais le volume de pierres utilisé, ainsi que la grosseur des blocs, indiquent qu'il s'agit là d'un travail sérieux et pénible.
A part ces monuments, aucun signe d'habitations ou de terrains ayant été dégagés en vue d'y installer hutte ou tente. Il semblerait que nous sommes là dans un vaste cimetière, une nécropole uniquement réservée aux morts ou à un culte.

biface Qui plus est, ce flanc de montagne est parsemé de galets aménagés (choppers ou chopping-tools) ainsi que de bifaces fort usés. La pierre utilisée est une roche locale, un grès. La présence de ces outils témoignent d'une très ancienne occupation du site, plusieurs centaines de milliers d'années. Etrangement, on n'y voit quasiment aucun éclat de silex, alors que ceux-ci abondent dans la plaine. Ceci indiquerait-il un respect de ce lieu par les chasseurs du néolithique et paléolithique récent ?
Voir quelques exemples de monuments funéraires ou rituéliques dans le tableau ci-dessous.

 

Tableau des monuments funéraires sur le flanc du djebel Bani le long de l'oued Icht

Cercle de pierres Cercles ouverts Cercles complexes

Poste de guet Nous avons repéré au bout de notre trajet deux longs crêts, longues et étroites collines surgissant dans la plaine en ondulations. On distingue plusieurs importants cercles de pierres à leurs pieds ainsi que des tumulus. Endroits remarquables observables de très loin, ils me paraissent idéal pour les graveurs de la préhistoire. Hélas, nos espoirs sont déçus, on n'y découvre aucune trace d'art rupestre. A bien chercher nous trouvons quand même adossé au sommet de l'étroite colline, un poste de guet protégé par un mur en pierre sèche, permettant de surveiller la plaine sans être vu.

Cultures Nous avions été intrigués par des élevations de terre barrant à plusieurs endroits le lit majeur de l'oued Icht, fort étalé ici en amont. Nous nous rendons compte ici qu'un agriculteur piège ainsi les rares pluies en les détournant vers une terre limoneuse où elles pourront doucement pénétrer le sol et nourrir quelques semis le moment venu.
Ce fut le cas cette année, on peut le constater en voyant le vert tendre des maïs, luzernes et autres courgettes colorer les couleurs fauves du désert. Nous apprendrons aussi que le pacha (gouverneur de province) a fort à faire pour calmer la colère des agriculteurs dont les récoltes sont broutées par les chameaux des nomades ravis de l'aubaine.

Acacia accueillant La plaine se divise en secteurs, sableuse par endroit, limoneuse à d'autres ou encore schisteuse.
L'acacia est le seul arbuste à s'y plaire. Brouté par chèvres et chameaux (On suppose qu'ils ont la gueule blindée) les vieux acacias peuvent offrir un fragile parasol contre les ardeurs du soleil, surtout comme celui-ci à droite qui a courtoisement plié son tronc pour offrir un siège à Solange.

Epines d'acacia L'acacia est réputé pour sa résistance aux insectes tandis que chèvres et chameaux se régalent de son feuillage et qu'il abrite le voyageurs des rayons brûlants du soleil.
Mais attention, il est bien moins sympa qu'on pourrait le croire : La preuve la photo en face !
Gare ou vous mettez les pieds en approchant, même de loin. Si vous n'y prenez garde, la moindre épine est capable de transpercer comme beurre la semelle la plus résistante. Expérience vécue à plusieurs reprises.

Rive droite de l'oued Icht Les racines des acacias semblent suivre le trajet souterrain de l'eau, là ou elle est protégée de la chaleur qui règne à la surface du sol.
Nous remarquons que les endroits où nous voyons en quantité des microlithes de silex, sont les sols de texture limoneuse. Nous supposons donc que dans les épisodes humides du Sahara, ces lieux étaient marécageux ou couverts de végétaux. Les javelots et flèches dont les pointes étaient hérissées de silex tranchants se perdaient aisement dans la terre humifère et les broussailles qui devaient accueillir bien du gibier.

Pointe de flèche Si nous trouvons énormément de pointes de flèches et éclats de silex blessants, nous n'y découvrons quasi aucun biface et chopping-tool. Il s'agirait donc de peuples différents, ceux ayant fréquenté le flanc montagneux de la rivière et ceux ayant chassé et vécu dans la plaine. Peuples différents dans le temps et l'espace. Biface et chopping-tool sont taillés dans la pierre locale et datent de temps très lointains. Les silex, eux proviennent de la région du Draa et des hamadas à une quarantaine de km d'ici et sont de facture plus récente. (Particulièrement la pointe de flèche ici à droite, dont la technique est typique du solutréen (en Europe) c.a.d. de 22 à 17.000 ans BP.

 

--- Sur la route Icht à Igiouaz ---

Gravures sur un éperon J'ai découvert dans une recherche de documentation un rapport qu'un officier méhariste de l'armée française fit dans les années du protectorat français. Il avait ainsi remarqué quelques gravures au nord de Icht, et donnait leurs positions en utilisant pour seule mesure de distance les journées de chameaux.
J'entrepris aussitôt d'essayer de convertir celles-ci en kilomètres et armé de Google Earth (Hélas uniquement accessible hors territoire marocain) nous essayâmes de repérer la crêtre signalée.
Bingo ! Deux collines candidates semblaient convenir. Sur place ce fut la seconde où nous découvrîmes les gravures exposées dans le tableau ci-dessous. Apparemment elles semblent inconnues alors qu'elles sont à moins de 5 km de l'auberge du Borj Biramane et à une centaine de mètre de la route asphaltée Icht - Igiouaz qu'on peut apercevoir sur cette photo.

 

Tableau des gravures le long de la route Icht - Igiouaz.

Antilope Spirale ??????

 

--- Flanc NE du djebel Bani vers oued Tamanart ---

Djebel Bani De bon matin nous quittons l'auberge et cent mètres plus loin après avoir traversé la route nous abordons l'autre versant du djebel Bani (ici en arrière plan). Le massif du Bani est d'un noir inquiétant, heureusement les éboulis sur le bas ont été envahis par des dunes et si la progression n'en est pas facilitée, la couleur du sable offre une touche de lumière à ce décor funèbre. Nous nous dirigeons en direction sud-ouest, vers le barrage de l'oued Tamanard en amont de Foum el Hisn.

Djebel Bani surmontant le Borj Biramane Un coup d'oeil en arrière comme le montre la photo ci-contre, nous permet d'apercevoir les versants du djebel Bani que nous avons explorés hier. C'est là que nous avons découvert la nécropole de la rive gauche de l'oued Icht dont je vous ai parlé plus haut.
A gauche la même plaine explorée ces derniers jours où nous avons observé un grand nombre de microlithes en silex.
Au pied de la montagne au loin, se niche l'auberge du Borj Biramane dont nous sommes ici éloignés de +/- 2 kilomètres.

Plaine semée d'acacias A nos pieds, la plaine semée d'acacias s'allonge au Nord. A l'horizon, les montagnes de l'Anti-Atlas qui s'élèvent vers Tafraout.
On voit très bien ici que les acacias s'alignent sur un trajet bien précis, en l'occurence les cours d'eau souterrain qui serpentent dans le sous-sol.
Dans quelques jours, nous irons explorer les monts qu'on aperçoit à l'extrême gauche sur la photographie.

Recherche gravures La photo à droite exprime très bien l'atmosphère sinistre de ce flanc de montagne.
L'Anti-Atlas dont fait partie le djebel Bani est une très vieille chaîne de montagnes, bien antérieure à ses voisins actuels, le Haut et le Moyen Atlas. Si ces derniers sont le soulèvement au tertiaire (65 à 2,5 millions d'années) du fond de mers relativement jeunes datant de l'ouverture de l'océan Atlantique qui sépara ainsi Europe et Afrique des Amériques, les roches de l'Anti-Alas proviennent elles, de très vieux fonds marins primaires (550 à 250 millions d'années). Après avoir déjà formé une chaîne de montagne à l'orogenèse alléghanienne (325 - 260 millions d'années) le soulèvement a repris il y a quelques dizaines de millions d'années.

Soudain sur un bloc Soudain sur un bloc semblable à mille autres apparait la première gravure. Nous en trouverons un certain nombre que vous apercevrez dans le tableau ci-dessous. A remarquer que la quasi totalité proviennent d'endroits impossibles d'accès à des véhicules. Par contre en bas de la pente, où les traces des engins de chantiers venus chercher la pierre pour le barrage sont bien visibles, nous ne trouverons rien. L'endroit était célèbre pour ses gravures et les coordonnées Gps bien précises dans les guides spécialisés. Aurait-on profité des travaux du barrage ouvrant des pistes dans les éboulis pour embarquer les roches gravées ?

 

Tableau de gravures trouvées sur le flanc du djebel Bani vers l'oued Tamanart.

Gravure 1 djebel Bani Personnage et Borj ??????
Deux antilopes Signes énigmatiques Animal à cornes et cupules
Signes Symboles Borj Biramane ?

Barrage sur oued Tamanart Si la recherche des gravures signalées n'est pas un succès, en ce qui concerne les tumulus et monuments funéraires il n'en est rien. Nombreux sont ceux qui parsèment les flancs du djebel sur les lieux les plus difficiles d'accès. Nous observons de curieuses constructions parallélépipèdiques sans ouvertures et formées d'énormes blocs de pierre superposés. Beaucoup de ces blocs semblent impossibles à soulever à la seule force humaine, fut-ce à plusieurs. Ici encore, nous devons nous trouver dans une nécropole. Dans le tableau ci-dessous vous verrez quelques exemplaires de ces tombeaux présumés.

 

Tableau de monuments funéraires trouvés sur le flanc du djebel Bani vers l'oued Tamanart.

Monument funéraire 1 Monument funéraire 2 Tumulus

 

Abri sous roche Dans les hauteurs des berges de l'oued Tamanart, en aval et près du barrage, nous voyons des restes de refuges troglodytes. Les longues dalles lisses et inclinées des formations rocheuses bordant les rives sont propices à l'attention des anciens artistes comme l'attestait la réputation de la région de Foum el Hisn. Hélas nous ne découvrirons aucune gravure mais bien beaucoup de dalles qui visiblement étaient recouvertes d'autres couches de roches qui elles étaient sans doute le support des gravures annoncées. Elles portent manifestement la signature du pillage récent comme nous en verrons beaucoup dans les lieux signalés au grand public.

Le lac C'est sans joie que nous longerons le lac du barrage sur le chemin du retour. Je n'y apercevrai pas de poissons mais bien un grand nombre d'oiseaux bercés par le coassement des grenouilles.
 
 
Page suivante, nous élargirons le champ des recherches de la région d'Icht à Igiouas, la piste de Tafraout, la route d'Assa et à Aït Ouabilli.

 

Fin de la page 10a, pour lire la suite du récit cliquez sur la flèche à droite ci-dessous.

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