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La quête du désert

Page 10 mise à jour le 21 janvier 2016

Guy DENOEL

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Les Poissons du Sahara - page 10

 

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La région de Foum el Hisn

(Pour la cartographie Foum el Hisn, Icht, Amtoudi, Aït Ouabilli, Assa cliquer sur Cartographie régionale. la carte s'ouvrira dans un nouvel onglet (ou sur une nouvelle page selon votre navigateur). Vous n'aurez plus alors qu'à zoomer sur la carte et à la parcourir avec l'aide de la souris et de sa roulette. Pour revenir à Chemin de Lune fermer la page ou l'onglet de la carte.)

Solange au ravitaillement Nous reprenons notre descente vers le Sud, notre but de ce jour est la petite ville d'Assa dans la province d'Assa-Zag à environ 300 km de Tata avec les détours prévus. Nous avons en effet l'intention de dénicher des gravures rupestres sur un site préhistorique prometteur que nous avions découvert au printemps. Des habitants d'Icht nous avaient ultérieurement précisé l'endroit où trouver ces dessins.
En chemin, nous nous ravitaillons à un de ces habituels petits commerces qui tiennent lieu ici de "supérettes". Un pain, des triangles de fromage "La Vache qui rit" (Vendus à l'unité ou par boîte !), six litres d'eau et nous sommes parés pour la collation de midi quotidienne.

La route d'Akka Le désert, tantôt morne plaine ou montagne, tantôt sableux ou rocailleux, défile de part et d'autre de la voiture, interminable, mais par magie toujours renouvelé. Noirâtre, ocre, rougeâtre, blanc, jaune, c'est le changement constant de couleurs qui m'émerveille. Changeant est le désert, mais aussi toujours énigmatique. Chaque creux, chaque élévation, chaque lumière ou ombre recèle un secret. Le désert, c'est mon bac à sable à moi. Ce n'est qu'un lieu d'interrogation et chaque réponse appelle ici une nouvelle question. Je peux y réinventer le monde en mettant à jour un univers oublié. J'en arrive à appréhender ma prochaine découverte, craignant secrètement qu'elle mette un terme à mes jeux d'explorateur en herbe. Mais chaque fois, à mon plus grand bonheur, cela ne fait que relancer ma curiosité vers un autre défi.

Un émissaire des 10 plaies ~ Le vent d’orient apporta les sauterelles. 14 Et les sauterelles montèrent sur tout le pays d’Égypte ~ un fléau terrible ~ 15 Et elles couvrirent la face de tout le pays, et le pays fut obscurci; et elles mangèrent toute l’herbe de la terre, et tout le fruit des arbres que la grêle avait laissé; et il ne demeura de reste aucune verdure aux arbres, ni à l’herbe des champs dans tout le pays d’Égypte( Exode, Chap 10, verset 13). Ici à droite, voici donc surpris en chemin, un émissaire des 10 plaies d'Egypte telles que contées dans la bible. Nous pouvons à ce sujet parler de vérité historique car de temps à autre, des nuages de sauterelles dévastent toute verdure en ces lieux désolés. S'il s'agit ici d'un petit vaurien égaré et craintif, il n'en va pas toujours de même comme en témoigne cette photo ci prise en 2005 à proximité de Terfaya sur la côte Atlantique à hauteur des Canaries. Quelques mois auparavant, des nuées de sauterelles avaient fondu sur les îles Canaries et le retour vers le continent, 100 kilomètres d'océan à survoler, avait épuisé la plupart des envahisseurs qui étaient venus périr d'épuisement et de faim sur ces rivages inhospitaliers.

Un autre amateur d'acacia
Quittons l'austérité du monde de l'Ancien Testament pour nous réjouir du climat printanier qui prévaut ici en ce matin de novembre en compagnie d'un autre amateur de fleurs d'acacia, bien plus sympathique celui-ci. En observant la photo et les superbes épines aussi longues qu'acérées, on reste perplexe en songeant que les chameaux raffolent des rameaux de ces solides arbustes.

Akka Akka est une petite ville saharienne un peu sauvage. Deux très vagues restaurants locaux sur la grand route, un souk et une grande palmeraie, c'est tout ! Nous profitons de notre passage pour vérifier si la piste remontant plein Nord vers Imitek pour rejoindre la route d'Igherm à travers le djebel Bani est à présent asphaltée. Nous l'espérons pour un prochain passage. Hélas, nous nous égarons dans la palmeraie et après nous être retrouvés quasi ensablés en plein milieu de l'oued, nous abandonnons nos recherches pour reprendre la route de Foum el Hsn au sud-ouest.

Une piste s'enfonce vers l'oued Draa Nous longeons le djebel Bani à notre droite tandis qu'à gauche de la route, le terrain s'étend nettement moins accidenté. De temps à autre une piste s'enfonce vers l'oued Draa à une trentaine de km d'ici. S'y risquer avec les pneus d'une voiture serait critique. De toute façon, il s'agit de se montrer prudent car à une trentaine de kilomètres on rencontre la zone frontière. Dans ces parages, le risque d'un raid hostile de nomades n'est pas nul. De toute façon vous risquez de tomber sur les militaires qui vous interdiront d'aller plus loin. Il y a quelques années, à la recherche d'un site préhistorique bien connu (et renommé celui-là), nous avions suivi à pied une piste sur quelques kilomètres pour tomber sur des soldats. La rencontre avaient été plutôt sympathique malgré notre recherche qui s'arrêtait définitivement là. Conduits à leur chef, nous avions partagé avec eux le thé, le pain (cuit dans un four en terre à même le sol) et même une fameuse tajine à la "poule qui vole" (pigeon). De notre côté, nous n'avions que deux oranges à leur offrir et malgré les difficultés de la langue, ce fut un grand moment de fraternité humaine.

Traversée d'un village La route étroite qui parcourt le désert s'élargit généralement à l'entrée des villages et se transforme en une très large avenue bordée de nouveaux bâtiments administratifs, écoles etc... Il semble que ces vastes artères symbolisent un renouveau pour ces villages perdus, il n'y pas si longtemps encore enclavés dans le désert avec pour tout accès de mauvaises pistes. L'école depuis quelques années semble être devenue la priorité et aborder villes et villages au moment des (très larges) horaires de sorties d'école devient hasardeux. Des plus jeunes, garçons et filles, aux plus âgés, 20 ans et plus, les étudiants envahissent alors les chaussées. Cela réchauffe le coeur de constater l'engouement actuel de la jeunesse marocaine pour les études. Il m'a été affirmé qu'on trouvait à présent plus d'universitaires dans ce pays qu'en Belgique ou en France. Notre vision de l'évolution en cours ici m'incite à le croire. Sur de nombreux plans, le pays est en rapide évolution positive, nous le constatons depuis 8 ans.

Evénement
Notre passage ne laisse pas indifférent comme le laisse supposer l'intérêt de ces jeunes femmes sur le seuil de leur porte. Nous sommes probablement l'événement du jour car peu de touristes s'aventurent jusqu'ici et bien peu de résidents au Maroc également. Nous avons rencontré en des Européens installés à Agadir ou Marrakech depuis plus de 20 ans et qui ignoraient tout de la géographie du pays. Nombreux sont ceux pour qui le désert commence aux portes de Marrakech ! C'est une conception fort insolite de la réalité.

Ait Ouabilli Le village d'Ait Ouabilli est blotti au pied de l'impressionnante montagne. Il y a une trentaine de millions d'années, le socle rocheux du vieil océan Rhéique né à l'ère primaire, 550 millions d'années précédemment, s'est redressé à la verticale.

Je ne m'étendrai pas actuellement sur cette région car mon petit doigt me dit qu'une nouvelle page de Poisson du Sahara lui sera consacrée dans le futur. En effet, nos observations, photos et études théoriques me laissent augurer de passionnantes découvertes pour nos prochaines incursions.
Ce que confirme la page 10a qui suit, écrite en décembre 2015

Icht Après 150 kilomètres nous atteignons Icht, non loin de Foum el Hsn. Nous ne nous y arrêterons pas car nous avons déjà séjourné dans la région. Nous sommes loin d'en avoir exploré tous les recoins cependant et au moment où j'écris ces lignes, j'ai pu localiser assez précisément à Icht un fabuleux site préhistorique de gravures rupestres. Nous y reviendrons aussi une autre fois et j'aurai, je l'espère, le bonheur d'écrire une nouvelle page de Poissons du Sahara en relation avec Aït Ouabilli comme déjà annoncé au paragraphe ci-dessus. La page 10a peut-être ? Rendez-vous en 2015...
Vous trouverez effectivement la suite de nos découvertes 2014 et 2015 à Icht, à la page suivante, 10a, écrite en décembre 2015.

L'oued Tamanart

Collation de midi A une quinzaine de km de Icht, nous nous ravitaillons en essence auprès d'une des rares stations du parcours. Lors de notre dernier passage, la pompe fonctionnait toujours à la main faute de raccordement électrique. Bien que le combustible ne soit pas un problème, mieux vaut sans aucun doute garder son réservoir plein quand on le peut. Il nous est déjà arrivé par le passé de devoir patienter sur place un ou deux jours, voire de rebrousser chemin, comme cela arriva à Guelmin en 2005, devant d'une station service à sec.
Ce midi, une agréable terrasse ombragée par un bel acacia nous offre le grand confort en vue du repas de midi.

Chévrier
Notre digestion est interrompue par un surcroît d'agitation : Un jeune chevrier monté sur un âne pourchasse son troupeau. La basse vallée de l'oued Tamanart que nous empruntons actuellement semble fort fertile et nous voyons à plusieurs reprises les cultures dans les palmeraies. Cette portion de route est belle, bien asphaltée, bien qu'en profil de montagnes russes. Tandis que les anciens villages accrochés à la montagne semblent avoir été à peu près désertés, la région respire la prospérité par les jolies maisons modernes qui fleurissent ici un peu partout. Serait-ce la proximité d'Agadir, à quelques heures de route, et le climat montagnard de cette partie de l'Anti Atlas qui attireraient les citadins vers de nouvelles résidences de campagne ?

Oued Tamanart
La route n'en finit pas de nous faire monter et descendre comme aux chevaux de bois. Au fond de la vallée, l'étalement des cailloux lisses, libres de toute végétation, formant le lit de l'oued, témoigne de la violence des crues qui, bien que rares, arrachent rocs et sols à la vieille montagne. A plusieurs endroits, de hauts murs endiguent au mieux la rage des flots, protégeant les jardins en bord d'oued. La vallée de l'oued Tamanart s'enfonce de plus en plus profondément dans les entrailles du djebel Bani.

Habit local
Notre passage ne soulève pas beaucoup d'intérêt, preuve de mon hypothèse concernant les résidences secondaires. Les femmes de la vallée portent des habits chatoyants, en tissus diaphanes et colorés de teintes fraîches et vives. Quasiment chaque village à sa particularité vestimentaire, et tout particulièrement les couleurs. La mode ici parait intemporelle mais parfaitement locale. Nous sommes bien loin des standards de nos pays européens.

La piste de l'oued Tamanart L'asphalte s'arrête ici. Au delà commence une piste très caillouteuse menant à une série de villages pour aboutir une centaine de kilomètres plus loin, dans les gorges de l'Aït Mansour puis à Tafraout. Nous avons tenté de la suivre par le passé mais avons dû renoncer après deux ou trois kilomètres. Seuls, jeeps, camions et motos équipés de pneus robustes peuvent la parcourir. J'envie les motards qui évitant les chemins battus des itinéraires touristiques, se lanceraient dans ce parcours pour rallier Tafraout : six ou sept heures de pur bonheur !

Gravures bidon Rapidement, nous reconnaissons les lieux que nous avons déjà visités par le passé et nous identifions l'endroit qui nous a été indiqué pour les fameuses gravures rupestres que nous avions cherchées en vain.
Loupé ! Les gravures rupestres indiquées sont bidon ! Quelqu'un a tenté sans aucun succès de reproduire maladroitement sur la falaise un bovidé et un éléphant copié sur un autre site. Impossible de les confondre avec les plus mauvaises gravures authentiques. Cette découverte m'incite à redoubler de méfiance vis à vis des informations fournies sur place. D'autre part, je m'aperçois que les guides touristiques confondent Tamanart avec Tamesrar, rien que 50 km à vol d'oiseau ! Pfff...
Mea culpa, je me suis lourdement trompé. Si cette première gravure est effectivement une grossière imitation récente, nous en découvrirons d'autres bien authentiques en 2014 et 2015. Je rectifierai mes déductions erronnées à la page suivante (10a).

Triple cercle de pierres L'an passé, nous avions découvert ici cet immense triple cercle de pierres. En voyant la taille des moellons qui composent le haut mur d'enceinte, on devine que ce ne sont pas les gamins d'un nomade de passage qui se sont amusés à bâtir une cabane. Nous ne sommes plus dans le lit principal de l'oued Tamanart, mais bien dans la vallée toute aussi encaissée d'un affluent. Aucune piste ne conduit ici, c'est regrettable car je pense qu'un peu plus loin on devrait découvrir d'autres sites intéressants.

Cercles de pierre
En désespoir de cause, il nous reste à étudier le temps d'un quart d'heure, cette construction extraordinaire. Dans l'enceinte, un double cercle ovalisé, orienté nord-sud, dessine un périmètre où trône un imposant rocher qui fait penser à un autel ou à une pierre sacrée. Le sol a été entièrement débarrassé des gros cailloux et une ouverture à l'est permet d'y accéder de plain pied.

Quels genres de rituels avaient cours ici et dans quel passé ?

Cabanes
A quelques centaines de mètres, nous découvrons des cabanes en pierre sèche encore temporairement utilisées, les toitures recouvertes de branchages et de bouts de plastique protègent encore l'intérieur du soleil. De vastes enclos circulaires ceints de hauts murs, semblent encore servir à l'occasion pour y réunir du bétail, chèvres selon toute vraisemblance au vu des déjections séchées.

Entrée d'un défilé
Nous passons en revue les ruines en remarquant la présence d'un ancien four à pain ainsi que les marques d'un incendie qui parait avoir sévi dans un lointain passé. A l'intérieur, pourtant pas de traces formelles d'occupation telles que poteries, table, lit, ustensiles, vêtements. Plus personne n'habite ici depuis longtemps.
En 2015 cependant nous observerons que les lieux sont bien occupés par des nomades.

Nous nous engageons
La dernière maison nous emmène à l'entrée d'un court, mais étroit et profond canyon qui grimpe rapidement dans la falaise. Sous un soleil brûlant nous nous engageons dans le défilé. La roche sous les pieds porte l'usure de l'eau qui creusa la montagne. A deux ou trois endroits, une flaque d'eau montre que la nappe phréatique n'est pas trop loin et laisse encore filer quelques gouttes. La pente est très forte et nous n'insistons guère.

Abris sous roche
En levant les yeux, je m'aperçois que les falaises sont criblées d'abris sous roche (détail ici) protégés par de hauts murs en pierre sèche. Cela ne laisse aucun doute sur le sentiment d'insécurité qui devait couver chez les habitants des lieux. En détaillant la montagne avec les jumelles, nous voyons que ces murs apparaissent bien au-dessus des endroits facilement praticables des falaises.

Gravure effacée
Malgré toute notre attention, nous ne trouvons aucune gravure dans ce canyon aux parois pourtant idéales car verticales et polies par le ruisseau fossile. Cependant, après avoir rejoint le village dans le fond de l'oued, je remarque un bloc erratique qui visiblement porte encore les marques du piquetage de ronds gravés.

Cimetière
Nous faisons demi tour pour rejoindre la voiture que nous avions abandonné dans la vallée principale à la fin de l'asphalte et quelques centaines de mètres plus loin nous devinons dans une autres vallée latérale d'étroites pierres dressées marquant visiblement les sépultures d'un cimetière. Les abords de l'oued sont jonchés de tumulus et de ronds parfaitement épierrés.

Cercle de pierre et tumulus
En nous approchant encore, nous y remarquons plusieurs demi-cercles de grosses pierres. L'ouverture de l'exemplaire sur la photo à droite, est orienté plein Est, une tente de Fatima selon l'appellation locale. Ces monuments lithiques sont des classiques de "l'architecture" préhistorique saharienne. Difficiles à dater cependant !

Marabout Parmi les pierres dressées des sépultures, nous trouvons un tombeau fraîchement chaulé. La forme caractéristique entourée d'un anneau de pierres à cet endroit éloigné semble indiquer un lieu de pèlerinage. Il est semblable à celui que nous avions découvert près de Tata. Nous sommes pourtant relativement loin du premier village et ce cimetière précis n'est pas un lieu d'inhumation récent. A voir la peinture fraîche sur la tombe, on gage pourtant qu'il s'agit là d'un personnage important. Sans doute un de ces mystérieux marabouts dont les locaux nous parlent régulièrement.

Ruines En prenant du recul, nous voyons que le flanc de la montagne est couvert des ruines d'un ancien village fortifié. Les murs grimpent jusqu'au dessus du pic qui surplombe le confluent des deux oueds. Tout au sommet, on perçoit la silhouette à moitié effondrée d'une tour. La densité de population qui vivait ici devait être bien supérieure à ce que des chasseurs-cueilleurs pouvaient nourrir. Ceci nous renseigne partiellement sur l'ancienneté de ce village remontant tout au plus au chalcolithique, c'est à dire quand bien même encore 5000 ans avant le présent.

Murs jusqu'au sommet de la montagne
Sur la photo à droite, vous pouvez voir les puissants murs percés de portes surmontées de lourds linteaux. (détail ici). Hélas, le temps nous manque car il nous faudrait plusieurs jours pour explorer les lieux. Nous reviendrons une autre année.

Nous quittons
Nous quittons le village oublié par la route qu'on aperçoit sur la montagne à droite.

Avant d'abandonner l'oued Tamanart, nous avons le temps de photographier cette tente de nomades au loin.

 

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