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La quête du désert

Page 9 mise à jour le 4 décembre 2016

Guy DENOEL

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Les Poissons du Sahara - page 9

 

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(et sur les liens bleus qui vous conduiront à d'autres photos)

La région de Tata:

(L'oued Meskaoui, le marabout et les gravures rupestres)

Le village de Tiggane Ce matin de novembre, nous nous mettons en route pour prospecter la région sans autre but que d'y relever les curiosités géologiques, paléontologiques, minéralogiques et bien sûr préhistoriques. La région de Tata est signalée comme riche en gravures rupestres ainsi que l'attestent les guides de voyage emportés. Leurs indications sont cependant peu claires et souvent contradictoires. Se fier sur l'appellation de lieu est particulièrement malaisé dans les régions sahariennes car les indications routières sont quasiment inexistantes. C'est à se demander si les rédacteurs des guides touristiques ont une idée précise du terrain. Peut-être se contentent-ils de piquer ces infos sur d'autres guides et d'ainsi répéter comme des perroquets des informations que d'autres prétendent avoir reçues de tierces personnes. Bref, la vieille histoire de l'homme, qui a vu l'homme, qui a vu l'ours se répète ici aussi indéfiniment.

Femme au téléphone Les locaux à qui nous nous adressons, nous parlent aussi de noms de lieux où eux-mêmes ne sont jamais allés. Certains nous parlent de guides compétents qui moyennement rétribution... Je n'aime guère pour ma part m'encombrer de tierces personnes pour me plonger dans le rêve de la découverte. Par expérience, je sais que certaines peuvent transformer par leur seule présence des endroits idylliques en véritables moments de désespoir !
Nous voyons sur la photo ci-dessus, le village de Tiggane à une dizaine de km au sud-ouest de Tata. Bien entendu, pour le site préhistoriqe, rien ne correspond aux indications du guide de voyage (Je m'y attendais) à la grande désillusion de Solange qui pensait découvrir les gravures rupestres dont question.
Nous notons au passage un de ces moments magiques quand, entre tradition et modernité, fardeau sur les épaules et marchant à travers le désert, les femmes ici aussi restent pendues au téléphone !

 

Cercle de pierres et marabout

Cercle de pierres Nous poursuivons en direction de Guelmin. Nous étions passés sur cette route, il y a 8 ans, bien avant les travaux récents qui ont vu naître un tracé parallèle plus approprié aux pneus que le mauvais chemin existant. Nous y avions alors découvert un grand cercle de pierres au pied d'un sursaut rocheux.
A son extrémité nord, s'élevait une cahute en pierre sèche dont la porte s'ouvrait plein Est et non pas sur le cercle de pierre comme on pourrait s'y attendre.
Juste à proximité, dans le cercle, un tombeau remarquable. Il était de construction récente par rapport au reste du monument, et entouré d'un parvis bétonné. Le dessus de la sépulture était cimenté et chaulé de blanc. Notre curiosité en avait été d'autant plus éveillée que son orientation était exactement nord-sud, alors que les musulmans ont coutume d'utiliser l'Orient. Son aspect impeccable suggérait alors qu'il s'agissait d'un endroit de pélerinage particulièrement révéré.

La tombe d'un marabout Le cercle de pierres est toujours là et la photo de la miniature à droite est ce qu'il en reste maintenant lors de notre passage en novembre 2013. Elle est bien dégradée. Le revêtement en ciment a été arraché bien que remarquons, la terre en a été soigneusement remise en forme d'arche. Je présume qu'elle a été l'objet de convoitise de pilleurs de tombes. En plusieurs endroits du Maroc, des natifs me firent des confidences. Chercheurs de météorites et de minéraux, ils ne rechignaient pas, me disaient-ils, à fouiller les tombes à la recherches d'objets précieux en argent...

Le cercle de pierre actuel vu sous un autre angle La photo de la vignette à droite montre le cercle de pierre et son appareillage dans le triste état actuel. Au-delà, on voit la nouvelle route au tracé impeccable et bien asphalté. Cette nouvelle route a-t-elle ouvert le chemin à de nouveaux touristes et amateurs sans scrupules d'antiquités à bon marché ? La découverte du monument lithique par l'un ou l'autre des travailleurs de l'asphalte a-t-elle suscité l'avidité de certains passants dans l'espérance d'un complément de salaire ? Difficile de se montrer trop critique quand on voit les revenus de misère de la plupart de ces pauvres hères.

Ornement et inscripiton au pied de la tombe en 2005 En 2005, au chevet du tombeau, on trouvait une construction en ciment contenant trois récipients en fer rouillé, alignés. Une dalle portait une épitaphe sommaire en alphabet arabe dont j'attends toujours la traduction. Sur la vignette à droite, ainsi que sur les deux liens dans le texte suivant, vous pouvez voir les lieux tels que photographiés lors de notre premier passage en 2005, le tout était alors dans un excellent état de conservation comme l'atteste cette photo d'époque.

QUESTION : De quand date ce monument ?
Mon intérêt n'est pas anodin. Si la sépulture est indiscutablement récente, elle a pu être incorporée à un monument pré-existant depuis la nuit des temps. La pratique n'est pas nouvelle, songeons à la réutilisation ultérieure de monuments mégalithiques en Europe ou encore à la christianisation d'anciens sites sacrés par des chapelles, églises etc... Les lieux de sépultures restent eux aussi très longtemps dans la conscience collective des peuples et on répugne à y toucher, sauf bien sûr dans notre civilisation aveugle où profit et rentabilité priment. Le cercle de pierre et la cahute paraissent bien antérieurs à tombe actuelle. J'ai maintes fois constaté ici des cultes rendus à des saints locaux, parfois nommés ici marabouts. La sanctification de la sépulture me semble compatible avec son association à un monument bien plus ancien. Les découvertes dont je vous fais part ci-dessous m'incitent à croire qu'il s'agit d'un de ces monuments lithiques mystérieux qui parsèment le Sahara. Cet avis s'appuie sur d'autres certitudes de découvertes qu'il me faudra encore objectiver formellement lors d'une prochaine visite.
Alors quand : 1.000, 5.000, 10.000, 20.000, 30.000 ans ? Ou plus encore ?

 

Découverte des gravures rupestres de l'oued Meskaoui

Une longue crête rocheuse
Cette année, une longue portion de l'étroite route vers Akka et Guelmin est en réfection et il est très difficile de parquer la voiture sur une importante distance. A quelques 30 km de Tata, nous profitons d'un accotement plus ou moins praticable pour abandonner la Toyota et nous diriger au hasard vers une longue crête rocheuse, pas trop loin, à quelques centaines de mètres de la route. Nous empruntons d'abord le vaste lit d'un oued caillouteux que nous identifierons plus tard comme l'oued Meskaoui.

Quelques vacanciers grignotent des épines d'acacia
De part et d'autre de l'oued s'étendent de vastes zones couvertes d'un épais limon. Tout laisse penser que lors de lointaines périodes humides, quand l'oued charriait des eaux vives, il traversait ici un vaste marécage, déterminant une savane. Actuellement, seuls quelques bouquets de graminées sèches et arbustes témoignent de la viabilité du sol. Imperturbables, quelques autres vacanciers grignotent avec délice le vert feuillage horriblement épineux d'un acacia...

Nous inspectons la face Nord
Nous abordons d'abord la crête rocheuse par la face nord. Cette face est très escarpée, très difficile à franchir sur sa plus grande portion car constituée de superbes dalles de pierre bien verticales. Cette disposition nous parait idéale pour servir de substrat à des peintures préhistoriques et c'est avec enthousiasme que nous inspectons soigneusement ces parois pendant plusieurs heures. Las : Nous n'y découvrirons rien !

Nous traversons la barre rocheuse
 
Nos espoirs déçus, nous poursuivons l'exploration, uniquement photographique cette fois, à travers un paysage de toute beauté. Nous traversons la barre rocheuse par le lit de l'oued et au loin nous remarquons une tache d'humidité maculant l'argile crevassé.

La boue semble parsemée de pétales
 
Le centre de la tache semble avoir été foulée il y a peu par des animaux. En nous rapprochant, il apparaît que la boue est semée de nombreux pétales blanchâtres frémissants.

Des dizaines de papillons
C'est arrivés à quelques mètres que nous découvrons des dizaines de papillons en train de butiner l'argile. Une éclosion a eu lieu et il semble qu'ils trouvent ici les sels minéraux et l'eau qui leur permettra de compléter leur maigre ration de nectar glanée dans les rares fleurs s'épanouissant. Un peu plus loin, deux ou trois pommiers de Sodome fleurissent à la limite du sol caillouteux.

Un nomade nous rend visite
Les fleurs bien visibles de ce respectable acacia seront bien utiles également à nos papillons. Cependant pour l'instant c'est un tout autre prédateur qui en butine le feuillage. Un nomade, la cinquantaine, nous rend visite pendant que son troupeau de chèvres font un sort à l'arbre. Nous nous asseyons sur le sol l'un à côté de l'autre. L'homme ne parle pas un mot de français. Et c'est en silence qu'il nous tend sa gourde de peau tandis que je lui offre un de nos biscuits. Il nous invite par gestes à venir prendre le thé dans sa tente à quelques centaines de mètres. On devine le reste de sa famille, femme et enfants, qui s'active. Un peu honteux, nous déclinons avec le sourire. Refuser le thé est contraire aux bons usages dans le désert, mais nous sommes sur le terrain en plein soleil depuis quelques heures déjà et nous ne sommes plus de la première jeunesse. La fatigue alors nous dicte de ne plus trop disperser nos efforts.

Nous tentons l'escalade de la barre rocheuse
Nous sommes à présent du côté sud de l'arête rocheuse et son aspect est bien différent. Plus de parois rocheuses verticales à présent, mais des flancs en pente, souvent recouverts de sable par un vent qui nous pique au visage. Ci et là affleurent d'étroits bancs rocheux tandis que des blocs éboulés apparaissent au bas du talus.
L'accès au sommet de la barre rocheuse est à présent possible et surtout pas trop malaisé. Nous nous mettons en route, sans espoir d'y découvrir autre chose qu'une ouverture sur le panorama qui devrait être splendide là-haut.

Bingo des gravures
Et soudain : Bingo ! Nous découvrons une première gravure : un magnifique lion, deux antilopes, une nasse (ou un filet), un chacal. (Cliquez ici pour voir cette gravure). Avec fébrilité, nous sortons les appareils photos et déclenchons en tous sens avant d'entreprendre la prospection systématique.
Hélas, certaines gravures, aisément accessibles, ont été vandalisées par des graffitis. Pas trop cependant car le lieu à l'écart des villages et du passage touristique semble relativement préservé. Il m'a été affirmé pourtant que certains individus sans scrupules n'hésitaient pas à découper les rochers pour revendre les gravures à des amateurs encore moins scrupuleux dans les commerces de Marrakech et autres lieux touristiques. Je m'abstiendrai donc de donner ici les relèvements des positions géographiques exactes de nos découvertes.

(A notre récent passage en 2015 le site avait été pillé, voir remarque en fin de page).

Les gravures sont éparpillées Elles sont éparpillées tout le long de la crête et plusieurs techniques de gravures (Et des graffitis) se succèdent, et parfois même se superposent comme ci-dessous:
- en pointillés à la patine très ancienne.
- en pointillés par enlèvement de matière en surface.
- au trait bien incisé comme cet éléphant à la patine récente.
- au trait à la patine ancienne comme cette gazelle/antilope (?)
- symboles authentiques partiellement recouverts de récents.
- Graffitis de mauvais plaisantins idiots.
- Superpositions vandales ou cultures successives ?
- Gravure contemporaine ou temps islamiques ?
Tout démontre que ces gravures furent réalisées à différentes époques, vraisemblablement séparées par de nombreux millénaires.
(Ce qui est étrange, c'est que seul le versant sud, en pente douce, ainsi que le fil de l'arête rocheuse comportent des gravures à l'exclusion totale de la face nord.)

Nous examinons chaque rocher Pour aujourd'hui, nous avons eu notre content de découvertes et le soleil commence à décliner. La nuit tombe vers 18h00 à présent et il n'est guère prudent de rouler dans l'obscurité, spécialement lors de la traversée des villages dans les faubourgs de Tata. Nous regagnons la voiture et rentrons donc. Mais nous reviendrons demain et il nous faudra 3 jours, pour examiner chaque rocher de la crête sur une distance de 4 kilomètres, y compris sous le sable.

Vous trouverez dans le tableau ci-dessous une sélection des gravures que nous avons pu photographier à cet endroit. Je vous invite donc à cliquer sur les miniatures afin de voir les photos en plein écran.

Désert aride
On en oublierait que nous sommes dans un désert aride !
 
Et pourtant, voici 5, 10 ou 20 mille ans, nous nous trouvions au bord d'un paysage verdoyant parcouru par des éléphants, antilopes, rhinocéros, autruches, tandis que des pêcheurs lançaient leurs filets dans la rivière poissonneuse. Le Sahara n'a pas toujours été un désert aride et même si ce fut souvent le cas, il a bénéficié de périodes pluvieuses au gré des changements de climat de la terre, des glaciations etc...

Galet aménagé
Lors de nos prospections ultérieures dans les environs immédiats du site rupestre, nous découvrirons sur le flanc d'une colline ensablée, deux spécimens de galets aménagés témoignant ainsi de l'ancienneté du site (100.000 à 500.000 ans peut-être, voire plus car ce type d'outillage lithique remonte au début de l'apparition de l'homme). Les silex que nous avons pu observés dans la savane fossile, eux, étaient de facture nettement plus récente, mais s'élevant néanmoins en milliers, et dizaines de milliers d'années.

Quelques instants de repos
 
Ouf ! Quelques instants de repos avant de reprendre le travail !

(Plus sérieusement, je note les coordonnées géographiques de ce tumulus sur le Gps.)

 


 

Gravures rupestres de l'oued Meskaoui en vrac (La boussole donne l'échelle).

(Cliquer sur les miniatures pour les agrandir)

antilopes Rhinocéros Eléphant
Spirale Spirale ??????
Bovidé Animal NI gazelles
Gazelle Antilope Homme
Photo Autruche Rhino homme Homme blessé détail
Bovidé Filet Ovin
Silhouette Antilope Cercles
Humain Guêpard Antilope
Rhino Nasse Vulve
Antilope Chasse Animal
Couple Antilope Lacets
Scorpion Symboles Anim symb
Pattes grêles Autre animal Antilope
Antilope Spirales Exploration
2 antilopes Aux pieds de Solange 2 bovidés
Rochers gravés Gazelle Ancienne technique
Indéterminés La crête Symboles
Entrelacs Signes Signes solaires
Rhino Signes Signes 3
Main Eléphant Faisceau

Hélas à notre passage suivant en novembre 2015 nous avons dû constaté que le site avait été effectivement pillé. Les travaux de réfection de la route entrepris après notre découverte en 2013 ?
Une énorme perte pour la région et l'archéologie. Seule consolation pour nous, les photos publiées ci-dessus désigneront les amateurs d'oeuvres pillées.

 

Fin de la page 9, pour lire la suite du récit cliquez sur la flèche à droite ci-dessous.

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