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La quête du désert

Page 8 mise à jour le 4 janvier 2016

Guy DENOEL

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Les Poissons du Sahara - page 8

 

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Tata et la vallée de Tagmoute

L'oued Tata envasée Nous avons posé nos sacs à Tata pour une bonne semaine et ce premier jour, nous avons décidé de nous tourner encore une fois vers l'Anti Atlas afin de remonter l'oued Tata jusqu'à ses sources, peu abondantes si l'on en croit le seul torrent de galets qui occupe le lit de la rivière. Bien sûr pour démentir mes paroles précédentes, c'est tout d'abord une impressionnante couche de limon qui s'étend sur toute la largeur de la vallée. Selon toute vraisemblance, l'élargissement de son lit a permis aux boues charriées par les crues de se déposer. On y retrouve pourtant les traces plus récentes de ruissellement ayant creusé ces mêmes épaisses couches de sédiments fins. Le travail de sape à travers la vase atteint ici plus de 10 mètres de profondeur.

La route de Tagmoute s'enfonce dans le djebel Bani
Dès le premier étranglement entre les falaises, le lit de l'oued se couvre à nouveau de galets. La violence du passage de l'eau accélérée par l'étroiture n'a pas permis aux fines particules de se déposer ici.

Défilé aride
Sur les flancs de la vallée, on peut voir les profondes blessures infligées à la montagne par les ruissellements en ces temps où le ciel déversait son quota d'eau vive sur des monts alors verdoyants. Quelques acacias rabougris suivent la trace d'une infiltration souterraine bien confidentielle que seuls les végétaux du désert peuvent encore deviner.

Caverne anciennement habitée Rapidement nous découvrons que ces gorges furent peuplées avant que l'aridité actuelle ne s'y installe durablement. Ici, une excavation dans la roche : Il ne s'agit pas d'une caverne naturelle, car ces roches ne s'y prêtent guère. Ce ne sont ni des formations karstiques, ni d'origine volcanique qui auraient pu justifier d'un tunnel de lave. A l'examen, elles sont bien artificielles, creusée par l'homme. Celle-ci est partiellement emmurée et on voit très bien que cette excavation a servi à l'homme. Un peu plus loin, nous découvrons des constructions rudimentaires en pierre sèche ainsi que des murets suffisamment hauts pour avoir servi d'enclos.

Urne brisée dans les ruines d'un gourbi Contrairement aux structures que nous avions découvertes à Alnif ( Voir page 5 ) , les enclos comme ces cabanes en pierre sont munis de passage permettant aisément l'accès à l'intérieur.
La découverte dans l'angle d'un emplacement pour une urne en terre cuite, ici brisée, achève de nous convaincre que ce lieu est bien destiné aux vivants et non aux morts comme à Alnif. S'agit-il de cabanes de bergers nomades ou d'anciens sédentaires ? Rien ne nous permet d'en connaître la réponse. Aucune trace par ailleurs d'artefacts lithiques.

La route de Tagmout
Nous ne perdons pas trop de temps dans nos recherches car nous sommes à peine à une quinzaine de kilomètres de Tata alors que notre but du jour nous offre 70 kilomètres de routes douteuses et certainement difficiles car Igherm, notre but, se trouve à 1700 mètres d'altitude soit une dénivellation de plus de 1000 mètres par rapport à Tata.

Masures collées contre la falaise
Quelques kilomètres plus loin, nous découvrons des masures collées contre la falaise ainsi que quelques vastes enclos et gourbis franchement détachés du flanc de la montagne. Aucun doute, il s'agit bien d'un petit village. Celui-ci est complètement abandonné depuis longtemps, car les murs sont affaissés pour la plupart. Toujours aucune trace d'industrie lithique. Ceci impliquerait-il que ces habitations ne dateraient que de quelques siècles à peine, de l'ère des métaux ?

Un pommier de Sodome
La luxuriance d'un pommier de Sodome semble défier l'aridité de l'oued, mais d'énormes blocs de pierres charriés témoignent de la puissance du fleuve déchaîné au temps de sa prime jeunesse.

Masures de nomades Dans un coude de l'oued, sur un plateau surélevé pour éviter la surprise d'un flot soudain, nous découvrons de nouvelles constructions en pierre sèche, tout aussi rudimentaires que les premières, mais cette fois, des morceaux de plastique et de tissus en guise de toits nous prouve que le lieu est encore régulièrement habité. Un fragile écran de palmes et de toiles en protège l'entrée. Par respect pour les utilisateurs et leurs maigres biens, nous ne chercherons pas plus loin. Nous reprenons la route, non sans avoir aperçu au loin quelques chèvres et deux ou trois chameaux. Probablement le cheptel des occupants temporaires du lieu.

Un plateau dont la dalle est truffée d'abris sous roche La route continue à grimper jusqu'à un vaste plateau formé d'une épaisse dalle de pierre inclinée et creusée en son centre de l'amorce d'un canyon. A y regarder de plus près, je découvre de nombreux abris sous-roche creusés dans les hautes parois et ceints de murets. En cherchant, j'en découvre des dizaines, bien cachés dans les flancs du ravin. On devine au milieu, les traces d'un ruisseau auparavant alimenté par une source maintenant tarie. Je déniche quelques petits silex taillés, et les habitats font alors un sacré bond en arrière dans le temps : 5.000, 20.000, 100.000, 500.000 ans ?

Gouttes de pluie fossiles La dalle du plateau est creusée de plis et de vaguelettes ainsi que de structures hexagonales (statistiquement) typiques des fentes de dessiccation. A certains endroits, la surface est creusée de petits impacts ronds ou légèrement ovales, de quelques millimètres à un centimètre de rayon. L'histoire d'une averse de pluie survenue plusieurs centaines de millions d'années auparavant est gravée ici sous nos yeux.
C'était le lendemain de forts orages qui avaient balayés les montagnes à présent disparues qui surplombaient la région. Nous nous trouvions sur le rivage d'un lac ou d'une mer, de temps à autre envahi par les eaux des crues. Les pluies avaient lessivé les roches des collines, dissous la pierre, et les eaux boueuses ne rencontrant aucune végétation susceptible de ralentir leur flot avaient accouru jusqu'ici pour s'apaiser en rencontrant la plaine et abandonner leur charge de boue. Puis, l'eau s'était retirée et le soleil avait commencé à chauffer la vase horizontale, qui bientôt se craquelait en hexagones en séchant.

Oued Tissint Soudain, un dernier nuage noir traversa le ciel et des gouttes tombèrent sur la vasière. Une soudaine bourrasque de vent fouetta encore la plaine lançant quelques dernières gouttes de pluie. Puis le calme revint, le soleil acheva d'assécher la vase et le vent apporta sables et poussières, secs cette fois, recouvrant ainsi la vase sans adhérer, protégeant ainsi les formes des fentes de dessiccation et des impacts de pluie. Les temps géologiques passèrent. La vasière recouverte de sables, puis d'autres vasières, devint elle même le fond d'un nouvel océan qui se recouvrit de puissantes épaisseurs d'autres sédiments, compactant les anciennes boues et les transformant en roches sous l'effet de la pression et de la chaleur. Et puis le sol se plissa, le fond de l'océan remonta vers le ciel et devint montagne avant que les millénaires exposent à nouveau la vieille vasière au grand jour.
On voit ici les traces parfaitement arrondies de la chute verticale des gouttes. Par contre certaines traces indiquent une asymétrie dans la profondeur prouvant ainsi un impact oblique. Ces gouttes à la direction similaire y ont donc été déposées par une rafale de vent. Je découvre aussi les larges traces arrondies d'organismes vivants, probablement des cnidaires, ainsi que de minuscules tubes traversant la roche semblant indiquer des tubes de vers.

A travers le djebel Tabarount
Malgré tous mes efforts, muni d'un marteau de géologue et d'un burin, je n'ai pu détacher le moindre fragment de ces roches, tant la pierre en était dure. Je n'ai pas non plus pu déterminer l'ère géologique exacte. D'après l'environnement, je privilégierai le Dévonien, soit 400.000.000 d'années.
 
La route trace son sillon à travers le djebel Tabarount.

Nous avons dépassé Souk-Tetia-de-Tagmout et poursuivons vers Igherm
Nous avons dépassé Souk-Tetia-de-Tagmout et poursuivons vers Igherm. Le lit de l'oued est à présent semé de palmiers dattiers, toujours plus denses. Les jardins se multiplient le long de l'oued et l'eau vive, claire et joyeuse, apparaît ci et là entre les étendues de galets.
Un dernier village et nous entamons une rude montée en lacets. Très rapidement le décor est planté. La route est étroite, bordée d'un côté par le mur de la montagne, de l'autre par le vide d'un abrupt. Difficile d'imaginer un croisement de véhicules ici. Impossible de passer une autre vitesse que la première tant la pente est rude. Je n'ose imaginer une panne moteur ou un arrêt du véhicule. Sûr que les freins ne suffiraient pas. Pour le retour en descente, idem, sans moteur pas de frein assisté et je n'imagine pas pouvoir freiner à la seule force du pied sur une telle pente. Dans ces cas, votre imagination travaille et je vous assure que la mienne induisait une production inattendue de sueur détrempant ma chemise !

Au sommet des lacets et à proximité d'Igherm Nous avons atteint le sommet des lacets et nous sommes à proximité d'Igherm. Nous n'irons pas plus loin, nous ignorons ce que la route nous offre au delà. Le paysage est monotone. Un retour d'Igherm par un autre trajet est impossible avant la nuit. La photo ci-contre n'a de mérite que de m'avoir permis de calmer mes nerfs au bord de la crise après l'impressionnante route et surtout avant de la redescendre. (Certains jours, il arrive qu'on regrette amèrement une décision).

Dans la descente d'Igherm vers Tagmoute Dans la descente d'Igherm vers Tagmoute nous marquons quelques minutes d'arrêt sur une des rares portions de route adéquate. Ce sera une tentative de dé-stress dans la descente redoutée. A force de serrer les dents on finit par avoir mal aux mâchoires. Solange détourne obstinément les yeux du vide et moi je chantonne pour conjurer le sort et surtout ma trouille.

Ruines d'un chateau-fort
En rejoignant le fond de la vallée nous pouvons néanmoins détailler le paysage. Ici les ruines d'un imposant chateau-fort. On devine que par le passé les gars d'ici ne s'y sentaient pas très à l'aise.

Village récent
Le fond de la haute vallée est très habitée. Nombreux sont les villages récents semblables à celui-ci. La fertilité du lieu sans doute !

Culture de riz et de céréales
L'eau abonde dans le haut de l'oued Tata. Nombreuses cultures de riz et de céréales dans les parcelles inondées comme ici.
Nous rentrons à Tata avec notre content d'émotions pour la journée

 

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