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La quête du désert

Page 7 mise à jour le 3 décembre 2016

Guy DENOEL

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Les Poissons du Sahara - page 7

 

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La traversée de l'Anti Atlas de Taliouine à Tata

(Pour la cartographie Taliouine - Tissint - Tata cliquer sur Cartographie régionale. la carte s'ouvrira dans un nouvel onglet (ou sur une nouvelle page selon votre navigateur). Vous n'aurez plus alors qu'à zoomer sur la carte et à la parcourir avec l'aide de la souris et de sa roulette. Pour revenir à Chemin de Lune fermer la page ou l'onglet de la carte.)

Taliouine entre le Haut et l'Anti Atlas Taliouine est une petite ville tranquille coincée dans une profonde vallée séparant le Haut Atlas de l'Anti Atlas. L'hébergement n'est pas exceptionnel, fort cher pour le Maroc et surtout prisé par les randonneurs qui vu les hautes montagnes encerclant la ville y trouvent leur bonheur dans un climat très différent des régions dont je vous ai parlé précédemment. Ici, à 1000 mètres d'altitude, il peut même faire très, très froid la nuit. Quand nous étions passé la première fois fin avril, nous grelottions. Il faut dire que quelques semaines à 35 degrés vous tropicalisent l'organisme et revenir à 25 degrés est équivalent pour un Liégeois à passer une nuit à la belle étoile en Sibérie... Oui, j'exagère, je sais, mais je ne mens pas ou alors vraiment peu !

Nous sommes loin ici des chèvres et chameaux des déserts Nous sommes ici loin des chèvres et chameaux du Grand Sud. La richesse du pays, randonneurs mis à part, est le safran. Les étamines séchées de ce crocus sont vendues à prix d'or et la plante s'est très bien acclimatée à cette région de montagne où elle est abondamment cultivée. Une fois l'an, à l'automne, la récolte donne lieu à un festival dont la date dépend justement de la maturité aléatoire des crocus. Nous avons donc joué de malchance car notre étape obligatoire, tout comme à Erfoud, tombe pile-poil le premier jour du festival. La ville est noire de monde venu de tout le Maroc. Taroudant est à 120 km à peine et Agadir à 200. Police, gendarmerie, militaires sont sur les dents barrant les routes. La circulation est quasi impossible et évidemment nous n'avons aucune indication de l'adresse exacte de l'hôtel que nous avions heureusement réservé préalablement car toutes les chambres des environs ont été réquisitionnées au prix fort par les citadins arrivés en masse.

Vignes, abricotiers, oliviers ont remplacé les palmiers dattier Vignes, abricotiers, oliviers ont remplacé les palmiers dattiers. Par contre, en ce qui concerne la chambre d'hôtel, malgré les assurances qu'on nous avait faites à la réservation, nous avons hérité d'une petite cabane dans le jardin, propre, mais sans commodités. Par chance, les wc et douches, au fond de la cour, sont un peu plus "frais" que les installations ouvertes à tous dans les hôtels locaux bas de gamme. Heureusement, nous avions prévu pour le voyage une lampe frontale ce qui nous permet la nuit de risquer le déplacement sans trop de risques en cas de besoin . Par contre, l'eau chaude promise pour la douche est aux abonnés absents et après un timide essai nous décidons d'attendre la prochaine étape pour retrouver le bonheur de l'eau tempérée ruisselant sur la peau.

Nous avons beaucoup de difficultés à retrouver notre Maroc habituel Nous avons beaucoup de difficultés à retrouver notre Maroc habituel. Si ce n'était l'habitat, on se croirait dans un autre coin de la planète. La végétation est dense. En d'autres temps, le vert était la couleur dominante du paysage, car pour l'heure, les flancs de la montagne sont couverts d'herbe fanée. Normal, nous sommes en hiver d'après notre calendrier!
La notion des saisons et des mois; voilà encore une énigme pour l'Européen abordant le Maroc. En pays musulman, le temps ne se compte pas suivant notre calendrier usuel. L'année nouvelle est un non sens ici, sauf pour les institutions touristiques. Le ramadan et l'Hégire font office de référence, tout comme le muezzin distingue les notions de jour et de nuit par la distinction visuelle d'un fil blanc d'un autre fil noir... Tout le monde n'a pas la même acuité visuelle, ce qui explique dans les villes importantes les départs d'appels à la prière qui se succèdent et se superposent d'une mosquée à l'autre. C'est pas la rigueur allemande pour définir l'heure !

La ville est en pleine effervescence En ce qui concerne les saisons et les mois, surtout ne vous avisez pas de demander la température de janvier ou de juillet. Par politesse et au mieux, votre interlocuteur vous servira la première réponse qui lui sera venue à l'esprit. Parlez plutôt du mois 1 ou du mois 7 et ainsi de suite. Cela marchera très bien et vous serez compris. Ne m'en demandez pas les raisons, je les ignore totalement et mes affirmations ne sont que le reflet de mon expérience. Ce n'est pas une méconnaissance de la langue car les Marocains sont très francophiles et beaucoup parlent un français impeccable. Je ne sais si c'est réel, mais on m'a dit que le français était la deuxième langue du pays. Un professeur de l'université d'Agadir me racontait un soir que ses cours se donnaient tout aussi bien en arabe littéraire, arabe local et français...

Taliouine nichée dans une profonde vallée au pied Siroua, Taliouines Après la très succincte tentative de débarbouillage et un petit déj frugal, nous renonçons à pénétrer en ville pour l'achat du safran souhaité par Solange. Le potage et les pâtes au safran de l'auberge hier soir, ne nous ont pas réjouis et ma compagne d'aventure refuse d'acheter au magasin de l'hôtel, l'épice qu'elle y a estimé insipide (Le goût, pas le prix, plutôt salé lui!). La foule des fellahs endimanchés descendant des montagnes et le souvenir de la cohue de hier nous incitent plutôt à acheter ce safran dans une des coopératives qui nous sont promises par le guide du routard le long de notre trajet de ce jour. Nous quittons les faubourgs de Taliouine et les marchands de tapis et tournant le dos au djebel Sirwa entamons la raide pente de la dénivellation, 500 mètres, du djebel Bani.

Algou, premier village dans la montagne Ifri, premier village dans la montagne dans notre traversée de l'Anti Atlas par la piste récemment asphaltée. Nous avons découvert cette nouvelle route récemment et je me fais une fête d'en découvrir les paysages jusqu'il y a peu infréquentés. En arrière plan sur la photo, on aperçoit le djebel Siroua (ou Sirwa), le volcan endormi. Malgré mes réticences, j'ai aperçu un groupe d'adolescents excités mais Solange décide quand même de frapper à la porte de la coopérative du village pour faire provision de safran. Apparemment ça ne s'est pas trop bien passé, me racontera-elle ultérieurement. Les trois demoiselles et le jeune homme accourus dans le magasin au sol jonché de fleurs de crocus, sont dans un état d'euphorie et d'hilarité inquiétant. Une femme âgée intervient et pointant l'index sur sa tempe résume d'un geste ce qu'elle pense de la situation. Solange n'aura pas son safran, quant à moi j'ai dû prendre la fuite avec la voiture pour éviter de me faire caillasser la carrosserie par les autres gamins excités... Je récupère mon audacieuse et inconsciente goulue de safran et nous filons plein Sud.

La montagne est truffée d'habitats troglodytes La montagne est truffée d'habitats troglodytes. La falaise n'est que dentelle de grottes et excavations naturelles bordées pour les unes, ou fermées pour les autres, de murs en pierre sèche. Certaines sont encore utilisées c'est certain, mais depuis combien de millénaires voire de millions d'années les hommes ont-ils façonné cet habitat naturel et l'occupent-ils ?
Nous n'en n'avons pas fini avec le festival du safran bien que nous soyions déjà à une bonne trentaine de kilomètres de Taliouine. La police nous intime l'ordre de nous arrêter sur le côté de la route et commence alors un long défilé de berlines officielles arborant le drapeau national. Toutes les autorités politiques, civiles et militaires semblent s'être rassemblées là-haut et débutent ici leur cortège. Solange prétend y avoir vu des représentants du palais royal...

Un champ de crocus L'interminable cortège des voitures terminé, nous reprenons la route avec beaucoup de difficultés car même en plein milieu des champs cultivés de crocus comme vous pouvez en voir sur la photo, la route est encombrée de piétons endimanchés, de charrettes, d'ânes gagnant d'invisibles lieux de réjouissance cachés dans les replis de terrain avoisinants. La route est partout pavoisée de dizaines de drapeaux marocains et ce n'est qu'après bien des kilomètres encore que la route retrouve enfin la sérénité des immensités de l'Atlas.

Nombreuses traces d'exploitations minières A perte de vue la terre rouge labourée révèle la culture du safran mais aussi de bien d'autres activités agricoles. La région est bien moins désertique qu'un premier coup d'oeil pourrait le laisser croire.
Un arrêt dans la montagne me permet de découvrir dans les fondation de la route de lourds morceaux de mineral. Ces stériles proviennent des tranchées que l'on voit sur les pentes de la montagne et qui sont, à coup sûr, des exploitations minières, tout comme ces bâtiments qui parsèment le plateau au pied de la montagne. Quel métal exploite ou exploitait-on ici ? Mystère. Je sais que la région regorge de divers métaux, fer, manganèse, cuivre, or, baryte, plomb, argent...

La route s'enfonce dans l'Anti Atlas parmi les champs de crocus La route s'enfonce dans l'Anti Atlas parmi les champs de crocus. Si les longues surfaces ondulées sont en passe d'être labourées en vue des cultures (Je vous rappelle que nous sommes au moins de novembre) les flancs de montagne eux sont striés de murettes, révélant la culture en terrasse. Le sol est latéritique, très riche pour certaines formes d'exploitation agricole. Au vu des labours et du nombre de villages, j'en déduis qu'il doit être relativement arrosé bien que rien en surface n'indique des traces de ruissellement pluvial.

Agadir Melloul
La route passe près de Taddart et les monts noirs torturés du djebel Bani s'élèvent tout autour. Le village d'Agadir Melloul traversé, le chemin asphalté monte en pente douce et en ligne droite jusqu'à 1.850 mètres avant de plonger en lacet dans un canyon enfonçant un sillon dans l'univers minéral.

Jusqu'ici, la région semble prospère et nous ne pouvons pas parler de désert et encore moins de monde saharien.

Arrêt photo
Si l'incertitude de l'état de la route reste vivace, nous ignorons si elle est asphaltée sur toute sa longueur et la distance à couvrir ce jour est minime; à peine 150 kilomètres de Taliouine à Tata. Nous prenons donc tout notre temps et en profitons pour effectuer de nombreux arrêts photos et pour inspecter les alentours en flânant aux abords de la route.

La route s'enfonce vers le défilé de l'oued Tissint
La route s'enfonce brutalement dans un défilé. Une jeune paysanne y chasse devant elle une petite troupe de chèvres tandis que son mari patrouille en vélomoteur, grimpant péniblement la route et inspectant les falaises à la recherche de l'une ou l'autre indisciplinées. Le grand sourire et le geste de la main au passage nous prouvent qu'ici aussi nous sommes les bienvenus.

Une grotte fortifiée là-haut dans la falaise Une grotte s'ouvre bien haut dans la falaise abrupte. L'ouverture en est barrée par un empilement de moellons dessinant mur et terrasse. Il s'agit ostensiblement d'un retranchement. Si la position est imprenable en l'absence d'armes à feu, comment diable s'y prennent-ils pour y accéder? Malgré tous mes efforts je ne découvre aucun sentier naturel ou artificiel dans la paroi rocheuse, aucun escalier. Il faut être un as de la varappe pour y grimper à même la falaise. A moins de disposer d'une échelle de corde... et fort longue ! La solution doit être moins énigmatique qu'il y parait car un joli sac en plastique bleu y est coincé sous une pierre de la muraille.

La route serpente au fond des gorges
La route serpente au fond des gorges. L'aspect a bien changé depuis le col. Plus de terre arable, le sol rouge limoneux a fait place à la caillasse. Les précipitations ne passent sûrement pas la montagne et doivent se heurter aux sommets du djebel Bani. Nous retrouvons la maigre végétation dispersée des contrées désertiques et leur monde minéral immuable brûlé de soleil.

Un bouquet de palmiers dattier moribonds Le canyon s'élargit et bientôt nous suivons une large vallée où seuls d'énormes galets se bousculent entre les hautes montagnes. Dans cet univers désolé, un bouquet de palmiers dattiers apparaît. Il ne sont guère en bon état comme le démontrent les troncs noircis et les bouquets de palmes desséchées coiffant les stipes tendus vers un ciel implacable. Deux ou trois arbres portent de maigres grappes de fruits jaunes. Est-ce la sécheresse ou la terrible maladie du Bayoud ? J'opterai pour la soif car certaines palmes du bouquet s'obstinent à garder la couleur verte.

Une flaque d'eau en bordure de la route A un détour de l'oued, son lit se couvre de touffes d'herbe rude et de buissons de tamaris. Une nappe phréatique doit y affleurer. Soudain, deux flaques d'eau apparaissent tout contre le béton de la route. Elles ne sont guère étendues, deux mètres de largeur et tout au plus cinq ou six mètres de longueur au total, mais encore, un espace d'un bon mètre les séparent l'une de l'autre. Aussi loin que mes pas me conduisent, pas la moindre goutte d'eau ne suinte aux alentours.

Une approche silencieuse Un coassement ! M'assurant que ma compagne d'aventure s'est éloignée (rapport à la désagréable habitude féminine d'effrayer grenouilles et poissons comme déjà exposé plus avant dans le récit), je m'avance sur la pointe des pieds, l'oeil au viseur de la caméra pour surprendre la reinette au bain. Et soudain, c'est la stupeur... Dans ces quelques mètres carrés d'eau de la mare, entre une dalle en béton effondrée et un buisson mort, des poissons nagent allègrement...

C'est à cet instant que je me suis juré d'écrire plus tard un récit contant les poissons du désert !

Une vallée ravagée et des montagnes désolées
La vallée se poursuit, ravagée parmi les hautes montagnes désolées. De l'eau a coulé ici par le passé. Les galets ovalisés et polis le prouvent. On distingue clairement les rochers de plusieurs tonnes qui furent jadis emportés comme fétus de paille. La violence de ces crues a quelque chose de dantesque. Parfois la pierre cède la place à de la boue séchée et craquelée. La vase a durci, soleil et vent brûlant font leur oeuvre. L'oued et ses abords ont quelque chose d'inquiétant, d'hostile, de totalement inhumain.

Un paysage lunaire et la vie au cran d'arrêt Un paysage lunaire et la vie figée dans un vain élan. C'est ce que m'inspirent ces paysages, bien plus encore que les sables des barkhanes des grands ergs. Les strates torturées des synclinaux de la montagne exposent des planchers océaniques apparus des centaines de millions d'années avant nous. Quand notre soleil brûlant son hydrogène enflera dans deux cents millions d'années, la vie devra ressembler à ceci. Seuls quelques arbustes survivront comme ici avant que deux cents millions d'années encore plus tard, n'aient évaporé toute trace d'eau et que la température du sol fasse fondre le plomb. La Terre sera retournée à l'univers minéral qui fut le sien dans sa lointaine jeunesse.

C'est peut-être cela qui me fascine dans le désert. D'un coup d'oeil on y déchiffre le temps. Le passé et le futur se télescopent devant nous et d'un regard on y mesure la vie et la mort de la Terre. Et la nôtre aussi !

Par le passé la violence de l'oued a roulé ces énormes galets Dans des temps pas si lointains, la violence de l'oued a roulé les gros galets que l'on voit sur cette photo. La route traverse cette désolation où l'on découvre aussi un ou deux villages qui d'une façon curieuse semblent fort acquis à une agriculture artisanale. Perchés sur les pics arides on peut y apercevoir les ruines d'antiques châteaux forts ou villages fortifiés. Ils sont bien abandonnés maintenant; qui pourrait encore vivre là haut loin de toute source de liquide. On devine pourtant que la vie dans ces contrées fut loin d'être un fleuve (ou plutôt un oued) tranquille. Les retranchements et fortifications démontrent que la guerre et la violence devaient y être le lot quotidien.

A Aka Ghuiren nous retrouvons la grand-route Foum Zguid à Tata A Aka Ghuiren nous allons bientôt retrouver la grand-route venant de Foum Zguid et menant à Tata. La région redevient fertile comme on peut le voir à la vaste palmeraie de la photo. La rocaille a définitivement cédé la place à un épaisse couche de limon. En contemplant le paysage par delà le marabout appuyé contre le haut mur ceignant la palmeraie, les innombrables strates géologiques du djebel Bani illustrent parfaitement mes propos quant aux siècles des siècles figés ici dans la pierre dans une tentative d'éternité bien illusoire.

 

La palmeraie de Tata

Un des anciens douars de Tata Ce mois de novembre 2013, nous avons décidé de poser nos sacs pour une bonne semaine de repos (Ou que nous espérons comme telle) dans la ville pré-saharienne de Tata. Si les différents douars (villages) qui l'entourent ont bien un passé respectable, la ville elle-même, 16.000 habitants, est fort récente. Fin du vingtième siècle, elle fut sacrée capitale de province de la région de Guelmin es Smara. Il nous a été raconté qu'en 1980 la région fut attaquée par des groupes du Front Polisario tuant et capturant civils et militaires pour les emmener prisonniers dans les camps retranchés de la région de Tindouf en Algérie à quelques 200 kilomètres plein Sud à travers le désert.

Douar récent Il fut alors décidé de désenclaver la région en ouvrant les routes de Guelmin et de Foum Zguid afin de permettre un accès aux troupes de défense tandis que le "mur des sables" était édifié sur plus de deux mille kilomètres interdisant ainsi les raids meurtriers sur les territoires sahariens et présahariens du Maroc. L'édification de Tata en centre administratif provincial amena la création de nombreuses chaussées et bâtiments récents. Si la ville ne respire pas un charme particulier, il n'en va pas de même pour sa région. Tandis que le Nord est constitué par les sommets du djebel Bani, le Sud lui s'ouvre sur les vastes plaines des hamadas.

Comme à chacun de nos passages, nous consacrerons 5 ou 6 journées laborieuses à la région de Tata tant celle-ci est riche en vestiges préhistoriques et en paysages fabuleux. Vous en découvrirez la raison en lisant les multiples pages à la suite de celle-ci.

Piscine du Relais des Sables Quelques hébergements à Tata, des "normes locales" pour désargentés courageux à la maison d'hôtes aux prix exhorbitants. Comme chaque année nous optons sans hésiter pour le confortable hôtel Le Relais des Sables pour un prix tout à fait abordable. Si cet hôtel par le passé a souffert quelques années de gestion douteuse qui lui valent, hélas, toujours de médiocres avis sur certains forums, il est depuis 3 ans repris en main de façon magistrale par son nouveau directeur et en cours de totale rénovation. Les stigmates du passé sont bien loin. Propreté, confort, gentillesse du personnel, piscine, bar et cuisine dans un chouette environnement en ont fait le nouvel hôtel phare de la région de Tata.

Anniversaire de Solange au Relais des Sables Ce 18 octobre 2015, c'est l'anniversaire de Solange. Après une journée de recherches dans le désert, la surprise l'attend, organisée par Mr Mohammed Adjane le directeur du Relais des Sables et une partie du personnel. Le gâteau était succulent, sans parler de l'atmosphère de partage si prégnante dans la société marocaine.

Coopérative de dattes et confiture de carottes Tata est réputée pour la qualité de ses dattes. Tandis que femmes et enfants jalonnent les routes de Zagora ou du Tafilalet pour tenter de vendre des boites de dattes, pas toujours de très bonne qualité, on peut trouver ici d'excellents fruits conditionnés par une association féminine de la banlieue de Tata.
Bien installé dans la voiture, j'attends que Solange en intervention là-bas dans la coopérative, me ramène quelques kilos de dattes et un bocal de confiture de carottes, spécialité des femmes du douar.
Le dévouement féminin vous réchauffe le coeur...

Cocorico Si l'eau n'est pas absente de l'oued traversant Tata, la région souffre néanmoins de manque, à peine quelques millimètres par an. Les palmeraies sont donc peu arrosées et uniquement à partir des maigres nappes phréatiques du djebel Bani. Il semblerait également que la salinité de l'oued augmente ce qui évidemment est peu apprécié par de nombreux végétaux. C'est donc une surprise, et avec un zeste de chauvinisme que nous découvrons le panneau suivant sur une route non loin de Tata :

Cocorico !

L'oued Tata
La quête de l'eau est toujours un grand bonheur plein d'émotion pour moi. Si dans notre Europe pluvieuse, un cour d'eau est un agrément incontestable du paysage, particulièrement pour le promeneur et amateur de photographie, qu'en dire dans les régions sahariennes ? La découverte d'un point d'eau, mare, guelta, puits y est toujours un événement. Alors une eau non stagnante telle que sur la photo ci-contre c'est un enchantement.

Menu fretin dans l'oued Tata en avril
Des coassements m'indiquent que la vie animale n'est pas étrangère à ces bouquets de roseaux. Un oiseau ressemblant à un martin pêcheur perché sur un rocher confirme mes impressions. Je m'approche à pas de loup (seul évidemment, question idiote !) espérant surprendre l'une ou l'autre grenouille pour la photographier. Et voici que sous les fleurs d'un laurier rose, j'aperçois une escadrille de petits poissons patrouillant à la recherche de nourriture.

Oued Tata traversant la ville Pourtant, plus tard, en ce mois d'octobre 2013, je chercherai en vain grenouilles et poissons dans les mêmes mares et retenues d'eau de l'oued Tata. Les traînées blanches scintillantes sur les rochers du lit de l'arroyo et sur les anciennes flaques asséchées indiquent des dépots de sel, donc une forte salinité de l'eau restante. L'évaporation a-t-elle concentré les sels minéraux au point d'éradiquer toute espèce aquatique ? J'en doute, mais de temps à autre de véritables nuages de cigognes survolent le paysage. Elles hivernent ici et je présume qu'elles prélèvent la totalité de leur nourriture dans ce maigre cours d'eau.
Tout ça pour nous rapporter quelques bébés au printemps prochain !

Paysannes ramenant leur récolte

 


Des paysannes passent emportant d'énormes gerbes de blé sur leur dos. Les épis semblent mûrs mais la graminée elle est toujours bien verte.

La palmeraie de Tata

 

La palmeraie de Tata est certainement une des plus importantes de ce côté de l'Anti Atlas. Elle nous parait moribonde à plus d'un endroit. Pourtant, il nous a été dit qu'ici dans la région un maître de l'eau exerçait encore, aiguillant sans appel celle-ci vers l'une et l'autre rigole d'irrigation selon les droits coutumiers en s'aidant d'une clepsydre.

Au Nord la montagne A peine sorti de la palmeraie, les hautes montagnes arides de l'Atlas barrent l'horizon. Les quelques oueds poussiéreuses témoignent de l'absence de toutes précipitations récentes. La vallée pourtant est semée de nombreux monticules de boue indiquant l'existence de réseaux de Khettaras par le passé. L'état effondré de celles que nous approchons nous donne une idée de l'état pitoyable du tunnel quelques mètres sous la terre. L'escalade des tas de terre ne nous permet pas de déceler la moindre trace des anciens puits.

Coloquinte

 

Les étranges fruits sphériques de lianes courant sur le sol ressemblant à des pastèques se révèlent être des coloquintes. Hélas, elles sont toutes identiques et sphériques de la taille d'une noix à un pamplemousse. Rien à voir avec les jolies coloquintes aux formes et couleurs fantaisistes qui prospèrent dans nos jardins.

Un douar de la palmeraie

 

Les douars de la banlieue de Tata sont reliés les uns aux autres ainsi qu'au centre ville par des routes asphaltées en assez bon état. Nous traversons ici un douar récent aux maisons construites en parpaings et non en terre crue compactée comme dans un certain nombre d'anciens villages.

Douar au second plan et à nos pieds les pierres dressées d'un cimetière Surplombant ce côté de la palmeraie, voici le village que nous venons de traverser et qui fut illustré sur la photo précédente. Les habitations sont en dur et sont accrochées sur la colline pour se protéger des fureurs de l'oued lors des rares crues mais aussi sans doute pour libérer les terres arables afin de pratiquer des cultures vivrières.
Au premier plan de la photo, à nos pieds on peut voir des pierres plates plantées dans le sol. Elles indiquent les tombes d'un cimetière.

Tombe d'un personnage important J'aime beaucoup les lieux de sépulture, ils sont d'un grand enseignement pour connaître les gens de la contrée. D'habitude dans les régions sahariennes, de simples pierres dressées dans le loess ou la caillasse indiquent une tombe. On retrouve ces pierres partout dans le désert. Elles ne se limitent pas à un terrain délimité comme chez nous, ou comme dans le Nord du Maroc. Je présume que souvent les corps sont ensevelis sur place par les nomades. La disposition symbolique des pierres rituelles permet souvent de distinguer s'il s'agit d'un homme, d'une femme, enceinte ou non, d'un enfant etc...
Ici il s'agit vraisemblablement de la tombe d'un personnage important car un tel monument est inhabituel et souvent réservé à un marabout, sorte de saint révéré par les indigènes.

Protection métallique d'une tombe

 

Le soc rocheux ne permet pas de creuser bien profond et je présume que la structure métallique présentée sur la photo et coiffant un tertre est destinée a protéger les sépultures récentes des nombreux chiens errants que nous avons aperçus dans les environs.

Un petit coin de paradis fleuri en ce 11 novembre La dernière photo de cette page fut prise le 11 novembre 2013:
Un petit coin de paradis fleuri et je vous assure que nous avions à ce moment une pensée émue pour vous dans le Nord !
 
Sur la bruyère infiniment
voici le vent cornant novembre;
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent qui se déchire et se démembre,
En souffles lourds, battant les bourgs ;
Voici le vent, Le vent sauvage de Novembre.....
              Emile Verhaeren
 
(Mais pas pour nous mes amis, pas pour nous - en tout cas cette année ci !)

 

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