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La quête du désert

Page 6 mise à jour le 31 décembre 2015

Guy DENOEL

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Les Poissons du Sahara - page 6

 

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Alnif - Agdz - Tazenakht - Taliouine

(Pour la cartographie Alnif, Tazzarine, N'Kob, Agdz, Bou Azer, Tazenakht, Taliouine cliquer sur Cartographie régionale. la carte s'ouvrira dans un nouvel onglet (ou sur une nouvelle page selon votre navigateur). Vous n'aurez plus alors qu'à zoomer sur la carte et à la parcourir avec l'aide de la souris et de sa roulette. Pour revenir à Chemin de Lune fermer la page ou l'onglet de la carte.)

Nous quittons Alnif pour Talouine aux premiers rayons du soleil
  Nous quittons Alnif pour Taliouine aux premiers rayons du soleil car nous avons une longue route aujourd'hui. Nous prendrons d'abord la route passant par Tazzarine et rejoignant la vallée du Draa que nous remonterons ensuite jusque Agdz avant d'obliquer vers Tazenakht dans le haut Atlas et rejoindre Taliouine, au pied du Sirwa, à 200 kilomètres d'Agadir.

Sur la route de Tazzarine D'ici à la vallée du Draa, ce sera une route en assez bon état et relativement peu fréquentée. De temps à autre cependant, un bolide déboule, les yeux du conducteur, jeune, résolument rivés sur l'asphalte, casquette vissée sur la tête avec à ses côtés l'habituelle jeune femme, l'air toujours aussi morose. Nous sommes sur un des trajets reliant Ouerzazate ou Zagora à Merzouga et si les grands cars évitent cette route ce n'est pas le cas des 4x4 de location ou des minibus marqués "Transport touristique". La solitude sur cette route, les longues lignes droites donnent une impression de sécurité et incitent à la vitesse. Les amateurs de mini-trips s'y adonnent à coeur joie.

Le sable alterne avec les cailloux Nous croisons une dépanneuse transportant une voiture de location écrabouillée sur son plateau, preuve que la conduite style championnat automobile n'est pas ici sans conséquences. Régulièrement le gentil asphalte se creuse soudain d'un secteur criblé d'ébauches de mini puits de mine, ou encore, s'enfonce brutalement dans le lit d'un oued pour ressurgir aussitôt donnant l'impression d'une rampe de lancement d'engin spatial. Pourtant, les photos jointes, montrent qu'en voiture il vaut mieux rester sur terre, surtout sur l'asphalte, et ne pas aller batifoler dans le sable ou les cailloux à 130 kilomètres heure.

Palmeraie à Tazzarine ou à Nkob Peu de traversées de villages sur les 130 kilomètres de ce secteur montagneux désertique. Cependant, il faut redoubler de prudence en traversant l'un ou l'autre souk à Tazzarine ou à Nkob, et surtout trouver son chemin dans ces petites agglomérations rurales. Ceci n'est pas toujours aisé vu la signalisation discrète. La région abonde en fossiles et surtout en minéraux, en mines d'or et de cuivre notamment. A notre hôtel d'Alnif, nous avons eu l'occasion de voir les ingénieurs et cadres de telles exploitations, travaillant la journée sur les terrains miniers et rentrant loger en chambre d'hôtel le soir.

Route Alnif - Tazzarine Nous n'aurons la possibilité de faire que peu d'arrêts. J'espère une moyenne de 50 km/h, moyenne plus que valable sur ce trajet. Cela ne nous donnera pas moins de 8 heures de conduite et en octobre la nuit tombe ici à 18h00... Pas question de rouler de nuit, trop dangereux et pas d'alternative pour loger en cours de route.
Plusieurs pistes s'éloignent à gauche et à droite dans les environs de Tazzarine et Nkob. Les unes rejoignant Boulmane-du-Dades à travers les hauts sommets du djebel Saghro, les autres coupant à travers les djebels Rhart et Tadrart pour rejoindre Zagora. Certains nous ont indiqué que ces pistes seraient pratiquables en voiture, mais mon expérience me dicte de me méfier de ces certitudes et de garder le bon vieux tarmac.

Porte provinciale De toute façon, notre destination du jour n'est pas compatible avec ces directions et nous garderons ces chemins en mémoire pour une future expédition.
Après Nkob, la route gagne de l'altitude et le col s'embrume. La température nous parait basse. Nous franchissons les portes d'une circonscription administrative perdues au milieu de nulle part. Ces constructions monumentales sont typiques du Grand Sud et surtout des régions sahariennes. On les trouve la plupart du temps à l'entrée des bourgades importantes marquant l'entrée sur un territoire administratif. Elles sont généralement le point de contrôle des autorités de police ou de gendarmerie. On les voit aussi à la limite des provinces comme ici sans doute. La décoration des façades, le motif, animalier ou abstrait est spécifique de la région mais la porte est toujours constituée de deux tours de part et d'autre du chemin, tours parfois reliées entre elles par une arche monumentale.

Les fleurs ne sont pas absentes au printemps

 

Les fleurs ne sont pas absentes au printemps ainsi que nous le prouve la photo jointe. Vous trouverez aussi d'autres fleurs photographiées par Solange au printemps 2013 en cliquant sur "Akadkad" --- "Tafaryast" --- "Aghararam + inconnue (bleu)" -ou encore sur - "Convolvulus trabutianus" ...

Une kasbah, la route plonge vers la vallée du Draa Après le col de Nkob, la route descend vers la vallée du Draa. Cette vallée est célèbre pour le nombre de kasbahs qu'elle recèle. Les kasbahs étaient des constructions de terre crue où de nombreuses familles vivaient derrière l'unique porte d'entrée protégeant des intrusions des nomades ou autres tribus pratiquant les razzias. Beaucoup de ces kasbahs paraissent abandonnées, bien qu'en s'approchant, les enfants jouant dans les environs immédiats permettent d'en douter. Dans les centres tourstiques, la rénovation ou l'imitation de kasbahs à des fins d'hôtels touristiques est à la mode. Si la fantaisie est alors au rendez-vous, ce n'est pas nécessairement le cas avec le confort.

Arrivée sur le fleuve Draa Le Draa prend sa source dans le Haut Atlas où certains sommets dépassent 4000 mètres. Ces cîmes sont couvertes de neige 6 mois par an minimum. L'année de notre première visite, en plein mois de juillet, 6 randonneuses y furent retrouvées mortes de froid après une tempête de neige. A l'endroit où nous sommes, le Draa a déjà parcouru plus de 250 km sous forme de torrent de montagne ou flânant dans les vastes retenues d'eau formées par les barrages. Dans un peu plus de 120 km, il aura quitté ses montagnes pour s'évanouir dans les sables et les hamadas. Se mouvant centimètre après centimètre dans les profondeurs de la caillasse, il fera résurgence 600 km plus au Sud près de la petite ville saharienne de Tan-Tan avant de se dissoudre dans l'océan Atlantique.

Oued Tissint Ce sera ici un des seuls ponts du Grand Sud où j'aurai le plaisir de franchir un cours d'eau vive. Amis pêcheurs, vous devinez bien sûr que ma première démarche fut de me pencher coeur battant, sur le contenu de ce qui est pour nous le paradis sur terre. Cette fois encore, après avoir attendu patiemment que le vent cesse de rider l'eau et bien sûr que ma compagne s'éloigne (Je ne sais pourquoi les femmes s'obstinent à effrayer les pauvres poissons! ), j'aperçois nos superbes animaux fétiches frétillant au fond du fleuve.

Un morceau de pain et la concurrence devient rude

 

Hop, un morceau de pain de notre futur repas de midi lancé à l'eau et la concurrence devient rude.

De passage 6 mois plus tard, l'eau est claire

 

Cette photo fut prise début novembre alors que les deux précédentes étaient elles du printemps lors de notre premier passage de l'année. L'eau est limpide à présent et on distingue clairement les algues au fond de la rivière, à mon avis des cabombas (?).

Ici aussi le tout à la rivière est une habitude bien ancrée

 

Hélas, ici aussi, le tout à la rivière est une habitude bien ancrée et le fond du fleuve sert de décharge comme ses rives... Quand les gens d'ici et d'Europe comprendront-ils vraiment que l'eau est partout un trésor pour la vie !
(Ce dernier commentaire est juste une tentative de justification pour présenter une photo de plus à mes amis pêcheurs.)

Travaux dans les jardins jouxtant le fleuve Le fleuve amène l'eau et les limons lors des crues ce qui rend les terres fertiles dans l'étroite bande du lit majeur. Outre les dattes, oignons, choux, navets, la luzerne est maintenant cultivée. Les méthodes sont rudimentaires, ici par exemple, les femmes fauchent agenouillées et la luzerne est coupée au ras du sol à la faucille. Les outils à main sont quasiment les seuls utilisés et toute la famille s'y met. Le transport des récoltes lui se fait à dos d'âne, moto, vélo... ou à dos de femme et d'enfant. Les hommes eux pratiquent le travail lourd, bêchage etc... Le moindre brin d'herbe sera utilisé !

La végétation luxuriante de l'oued Draa Toute la vallée de l'oued est soigneusement irriguée, par des micro barrages, des canaux d'irrigation distribuant l'eau à travers les sols arables. Pourtant, les énormes barrages en amont, s'ils ont permis de régulariser les crues du fleuve, d'alimenter en eau potable de nombreuses villes et villages ainsi que d'irriguer les cultures ont d'autres effets pervers. Ainsi les crues permettaient auparavant au fleuve de retrouver très temporairement tout ou partie de son lit asséché et ainsi de recharger les nappes phréatiques pour alimenter les oasis en aval.

Au carrefour de la route de Ouerzazate à Zagora Il semblerait d'après ce que nous avons entendu, qu'il s'agirait là d'une des raisons du déclin des palmeraies et de la pénurie en eau récurrente. Si nous avons de-ci, de-là, retrouvé des flaques d'eau dans le cours du Draa inférieur et même parfois de brefs secteurs où l'eau coulait, de grands lacs, tel le lac Iriki, sont à présent totalement asséchés et font uniquement la joie des Européens amateurs de "sable" qui peuvent y rouler plein gaz et en droite ligne sur leurs motos, quads ou jeeps.

L'absurde photo classique du visiteur de Zagora Au carrefour nous ne prendrons pas à gauche. En effet c'est la direction de Zagora, un des centres hyper touristiques du Grand Sud marocain. Nous avions beaucoup apprécié cette petite ville endormie lors de notre passage en 2005. Les habitants étaient fort sympa et l'ambiance franchement décontractée. Quand en 2013 nous avons voulu retrouver cette ambiance, nous avons découvert une énorme ville animée. Les quartiers d'habitation y poussaient comme champignons et l'offre hotelière avait explosé. A l'eau (ou plutôt au désert) nos souvenirs de paix ! Nous ne reconnaissions rien et nous avons eu grand peine à retrouver la fameuse inscription kitch, rappelant que c'était de là que partaient les caravanes pour Tombouctou dans un passé pas si lointain.
Nous avons en outre gardé un très mauvais souvenir de cette dernière nuit à Zagora, pourtant dans un fort bel hôtel très confortable, mais où une poignée de Russes ivres avaient mené grand raffut à la terrasse sous nos fenêtres jusqu'à une heure avancée de la nuit.

Dangereuse route Adios Zagora et sans aucune hésitation ni regret nous prenons à gauche pour rejoindre Agdz.
Visiblement l'enthousiasme des touristes n'a pas épargné la route fort roulante bien que sinueuse. Plus d'une fois malgré la chaleur c'est la sueur froide qui a mouillé notre chemise quand surgissait devant notre capot l'une ou l'autre voiture incapable de maitriser sa vitesse. Les autocars déboulant ventre à terre n'étaient pas en reste.
Les 30 kilomètres nous séparant d'Agdz furent à coup sûr les plus périlleux de notre voyage et je plains les pauvres habitants des nombreux villages traversés par cette route. Nous nous trouvons ici sur un des axes touristiques principaux. Honteux du comportement de nos compatriotes j'aimerais faire part aux habitants de la palmeraie de mon indignation quant au comportement incivique des conducteurs européens.

La palmeraie de la vallée du Draa

 

La palmeraie de la vallée du Draa s'allonge sur 300 kilomètres. Les 30 kilomètres que nous suivons pour rejoindre Agdz découvrent des paysages somptueux où les hautes falaises du djebel Saghro dominent de petits villages blottis contre le rocher, tout au long du vaste ruban de palmiers dattier.

La palmeraie du Draa près d'Agdz

 

Nous traversons plusieurs villages au moment du Souk (Marché). Il faut alors se montrer exxxxtrêmement prrrrudent ! Charrettes, piétons, enfants, ânes déboulent alors de partout sans crainte pour leur intégrité et il faut toute la patience et la vigilance du conducteur pour n'embarquer personne sur le capot.

Nous quittons Agdz par la route de Tasenakht Nous quittons Agdz par la route de Tazenakht après avoir galéré pour trouver notre chemin dans la ville en pleine expansion comme de nombreuses villes marocaines. La route est paisible maintenant et les quelques camions et voitures que nous croisons roulent normalement en nous saluant de la main au passage. Nous sommes sortis des chemins touristiques et ne devrions plus dorénavant retrouver ceux-ci. La route est très belle jusque Tasla. Quand nous étions passés par ici en 2005, nous avions chargé un vieil homme dont la voiture était en panne pour le conduire une dizaine de km plus loin à son village. Après nous avoir offert le thé dans sa demeure et nous avoir proposé l'hospitalité pour la nuit, il m'avait donné un joli macle d'argent cristallisé que son boulot de mineur lui avait permis de découvrir au fond d'une galerie.

Sur la route de Bou-Azzer Sur la route de Bou-Azzer dans les environs de Aït-Semgane-n-el-grara, les vieilles kasbahs subsistent face aux nouveaux douars de l'autre côté de l'oued Tamsift. La rénovation des villages n'est pas une illusion. Depuis notre premier passage à travers les "bleds" du Maroc, nous avons constaté indubitablement la construction d'un grand nombre de logements en briques à la place des maisons en terre battue. Ces dernières subsistent toutefois dans certaines régions et nous avons plus d'une fois assisté à la perpétuation de cette technique comme cette construction de maison en terre près de El-Kelaâ M'Gouna dans le Haut Atlas.

Du côté de Tasla Si de nombreuses kasbahs sont tombées en poussière, nous observons que plus d'une est à présent équipée de chassis de fenêtres neufs témoignant de la poursuite de leur utilisation. Qui sait, le tourisme arrivera peut-être un jour ici ? Au passage à Tasla, nous découvrons un "camping" apparemment bien ombragé destiné aux nombreux motorhomes (camping-cars) des pensionnés européens vagabondant au Maroc à la mauvaise saison.

La route de Bou-Azer devient de plus en plus mauvaise A partir de Tasla, la route devient vraiment mauvaise et à de nombreux endroits franchement infâme. Les fragments d'asphalte restants sont plutôt des obstacles à franchir que des portions roulantes. Pendant des kilomètres nous avançons au pas en négociant au mieux le passage à travers les nids d'hippopotames qui parsèment la piste. Nous croisons d'énormes camions chargés de minerai en provenance de la mine d'Abou-Azer. Aucune possibilité d'exporter le minerai exploité au fond des galeries autrement que par la route et j'imagine que le lieu de séparation du métal de sa gangue doit se trouver au bout du monde...

Nous approchons du site minier de Bou-Azer dans le djebel Saghro

 

Bien que le croisement de ces mastodontes n'est pas une sinécure vu l'état de la route, son étroitesse et surtout les lacets qu'il faut négocier en grimpant dans la montagne, les camionneurs sont sympa et n'hésitent pas à me faciliter la tâche. Rien à voir avec les Indiana Jones qui déferlent de riads en riads sur la route de Marrakech.

La mine de cobalt de Bou-Azer
  Nous atteignons les installations de surface de la mine de Bou-Azer. Les puits plongent à 400 mètres sous terre. La grande roue (molette) du chevalement (belle-fleur en belgique) tourne imperturbablement. C'est ici l'exploitation d'un des principaux gisements de cobalt du monde. Quand nous étions passés en 2005, la mine était quasi à l'abandon. A présent la montée du cours des métaux a justifié la reprise des forages.

La région regorge de métaux rares La région regorge de métaux: Cobalt, plomb, argent, arsenic, manganèse ainsi que l'amiante des serpentines. Le paysage est foncé de puits, tranchées, trous et des haldes parsèment les flancs de la montagne le long de la route.
Il ne nous faut pas longtemps pour y découvrir des fragments d'argent.
De superbes échantillons de cobalt, rouge, rose et vert sont repérés, hélas nous n'avons que peu de place disponible pour emporter des trouvailles.
Je suis un filon de minerai de fer et découvre une petite colline striée de larges bandes de Roses-de-fer (Eisen Rosen), un superbe minerai de fer spéculaire dont les minces feuillets s'enroulent tels des pétales de rose. Le sol est littéralement couvert de minéraux, un paradis pour collectionneur ! Mais la place nous est comptée et nous ne pourrons malheureusement nous encombrer d'échantillons de roche.

La noirceur du paysage ne décourage pas ces fleurs Hélas, le temps aussi nous est compté et la prospection ne dure que quelques dizaines de minutes. Nous devrons encore rouler près de 150 km pour atteindre notre destination et l'état de la route s'est peu amélioré. Nous croisons des files d'autocars bourrés d'hommes, la relève des ouvriers fouillant les abysses du Saghro.
La teinte noirâtre des roches brûlées du djebel ici a quelque chose d'éprouvant en même temps que la beauté âpre de fin du monde, où plutôt de début des âges car ici affleurent les sols formés au Précambrien a plus de 600 millions d'années de nous. La noirceur du paysage ne décourage cependant pas les fleurs de la photo. Elles témoignent de la lutte acharnée de la vie pour vaincre l'enfer minéral.

Un peu de fraîcheur dans un univers minéral
 : Sur le rebord d'une vaste galerie tout récemment creusée à flanc de montagne en bord de route, une longue liane serpente sur les stériles de la halde. Ses superbes fleurs blanches délicatement découpées en dentelles tranchent sur l'aspect funèbre de la pierre. C'est un câprier dont les fruits et les boutons floraux confits dans le sel et/ou le vinaigre donneront câpres et câprons, nos condiments.

Un bouquet de palmiers Un bouquet de palmiers plantés dans la désolation nous rappelle les images du désert. La vision est anachronique mais un âne, quelques cabanes en pierres et des enfants qui jouent nous démontrent que les paysans vivent bien ici dans la désolation du Saghro.
Nous rejoignons enfin la route de Foum Zguid mais tournons à droite pour continuer vers Tazenakt. La route est encore pire que ce que nous venons de parcourir et le cauchemar continue. De longs tronçons sont en réfection et les pneus de la Yaris souffrent le martyre sur ces cailloux tranchants. Après 20 km pénibles nous arrivons à Tazenakt où nous pourrons nous restaurer brièvement à la terrasse d'un café avant de reprendre le chemin.

Le Haut Atlas couvert de neige

 

Après Tazenakht, nous empruntons une jolie route, bien roulante et un peu plus usitée. A notre droite, au loin, nous voyons les sommets du Haut Atlas couverts de neige.

Pêcheur à la ligne Alors que nous franchissons une oued inondée je distingue la silhouette familière d'un paisible taquineur de goujons. Armé d'une longue branche plus ou moins tordue et noueuse en guise de gaule, avec pour ligne un fil de nylon armé d'un hameçon et d'un flotteur mais sans plomb pour lester le bas de ligne il attend patiemment que le poisson morde.
L'après-midi est déjà bien avancé et le soleil est haut, l'homme se protège des rayons par une casquette sous le capuchon de sa djellaba. Le moment n'est pas propice à la pêche.

Pêcheur à la ligne Entre pêcheurs, la conversation s'engage évidemment et le confrère m'avoue n'avoir rien pris depuis quelques heures. Pourtant, le matin la pêche fut fructueuse, des barbeaux me dit-il et fort savoureux. Il utilise de la mie de pain comme appât. J'imagine que les vers de terre ne sont pas légion dans ces terres minérales. Les insectes non plus me dit-il. Il ignore tout de la pêche à l'asticot. Je lui explique comme se procurer ces derniers avec un bout de viande pendu au dessus d'un récipient, les mouches se chargeant de la ponte et le récipient recueillant les larves tombant de la viande pourrie. Loin du logis familial évidemment, c'est préférable, pour la paix des ménages.

Les barbeaux du Haut Atlas
Ami pêcheur c'est un peu de tristesse et l'impression d'abandonner un comparse, qui me trottaient dans la tête quand j'interrompis la conversation ce jour là. J'espère que tu fais toujours bonne pêche dans ton désert et que les asticots t'offrent un succès fou auprès des barbeaux.
Avant de reprendre la route j'examine le fond du cours d'eau et j'immortalise les fameux barbeaux avec mon reflex.

Un beau coup
Les poissons sont bien munis de barbillons autour de la gueule comme on peut le voir sur la photo ci-dessus. De retour à Liège, après recherche, il pourrait s'agir du Barbus callensis, un barbeau qu'on retrouve en Afrique du Nord. Ici à droite, on les voit nager non loin de notre brave pêcheur sous un buisson de tamaris.

Une dernière photo avant de filer et d'arriver avant la nuit Une dernière photo avant de filer en espérant arriver avant la nuit. En fait, nous arriverons alors que celle-ci est en train de tomber, à un cheveux près d'une sortie de route, quand fatigue, phares éblouissants et accotement inexistant se conjugueront pour me faire mordre la route sur le bas côté. Heureusement sans autre dommage qu'une grande frayeur ! Nous arrivons en plein festival du safran, qui est le trésor rouge de la région. La ville est noire du monde arrivé de tout le royaume.
Ouf, nous avions réservé une chambre d'hôtel, même si celle-ci se révèle être une cabane en bois au fond du jardin.

 

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