Retour Page 1 de "Poissons du Sahara"

La quête du désert

Page 4 mise à jour le 31 décembre 2015

Guy DENOEL

Contact par mail via l'adresse : chemlune@yahoo.be
Pour atteindre directement l'index des lieux, noms et activités, veuillez cliquez sur: REPERTOIRE.

 

Flèche page précédenteRetour page 3

page 5Flèche page suivante

Les Poissons du Sahara - page 4

 

page 4

Cliquer sur les photos pour les agrandir
(et sur les liens bleus qui vous conduiront à d'autres photos)

La route du Tafilalet

(Pour la cartographie Midelt, Errachidia, Erfoud, Rissanni, Merzouga, Taouz et Alnif cliquer sur Cartographie régionale. la carte s'ouvrira dans un nouvel onglet (ou sur une nouvelle page selon votre navigateur). Vous n'aurez plus alors qu'à zoomer sur la carte et à la parcourir avec l'aide de la souris et de sa roulette. Pour revenir à Chemin de Lune fermer la page ou l'onglet de la carte.)

Dans l'Atlas entre Midelt et Errachidia Nous quittons la ville de Midelt pour Erfoud dans le Tafilalet à 220 km de distance. Dès les faubourg passés, le paysage ressemble à des ondulations de boues jaunâtres sillonées par de profonds ravins aux parois verticales creusés par les eaux. Nous quittons le Moyen Atlas pour traverser la chaîne du Haut Atlas. La route ici encore va grimper jusqu'au prochain col à 1900 mètres d'altitude. Les pentes rocheuses de la montagne sont à certains endroits couvertes de forêts clairsemées de maigres cèdres, de chênes verts et de hauts cyprès piquetant les contreforts.

Ait Koujmane Le village d'Ait Koujmane aligné le long de la grand route garde un aspect bien montagnard. En arrière plan, on voit la haute barrière des sommets du Haut Atlas où se heurtent les nuages chargés de pluie de l'Atlantique.

Veuillez noter que l'orthographe des appelations de lieux fluctuera selon la source de l'information. En effet, les noms d'origine arabe ou berbère sont traduites phonétiquement dans notre alphabet latin. Ainsi par exemple Ar Rachidia pourra devenir Errachidia tandis que Foum el Hisn dans certains écrits sera traduit par Fam el Hsn.

Les gorges du Ziz Après le col, la route a rejoint l'oued Ziz, torrent bien vivant ici, à travers de profondes gorges il va alimenter de nombreux barrages qui permettront la distribution d'eau aux villes du coin, Errachidia, Erfoud, Rissani avant d'aller se perdre dans les sables du Kem Kem.
Tandis que l'oued Ziz creuse son chemin à travers les strates bien visibles de la montagne torturée la route s'incruste dans le flanc de falaise avant de retrouver la lumière après le fameux tunnel du Légionnaire. La légende veut que ce tunnel ait été creusé en quelques mois par les hommes de la légion étrangère pendant l'occupation française. Le général commandant aurait déclaré : "La montagne nous barrait la route, ordre fut donné de passer, nous passâmes !"... Une sacré fanfaronnade car ce fameux tunnel est loin d'être aussi impressionnant que ce brave militaire le laissait entendre...

Nous avons quitté définitivement le climat montagnard Quelques kilomètres plus loin, le paysage a bien changé et prouve que nous avons quitté définitivement le climat montagnard pour un climat désertique. Les rives du torrent sont plantées de centaines de palmiers dattier. Cette fois, la barrière du Haut Atlas derrière nous, nous a définitivement coupé des précipitations atlantiques.

La récolte des dattes a commencé Cette fois, nous sommes à la fin octobre et la récolte des dattes a commencé. Les arbres sont chargés de régimes jaunes, rouges, noirs et on aperçoit de temps à autre un paysan poussant un âne chargé de lourds sacs de fruits. Des femmes et des gamins sur les bords de route tentent de vendre des boites de dattes aux rares passants.

La palmeraie du Ziz dans les gorges d'Aoufouss L'oued Ziz creuse son lit au fond d'une profonde tranchée dans les hauts plateaux avant de parcourir la haute plaine du Tafilalet puis de s'écouler dans le Kem Kem et enfin s'évanouir dans les sables de Tindouf en Algérie. L'eau, le soleil, la chaleur ont permis à la palmeraie de s'épanouir quasiment sans discontinuer sur près de 200 kilomètres. Hors cet étroit sillon l'aridité est totale mais ça et là très localement on devine les efforts des Marocains pour essayer de faire reverdir le pays notamment par des plantations de palmiers...

Le Tafilalet entre pierre et sable Le Tafilalet entre pierre et sable fut dans le passé un des principaux centres commerçants d'Afrique du Nord. C'est d'ici, de l'antique cité disparue de Sijilmassa qu'arrivaient les caravannes du "pays des noirs". A dos de chameaux, les chargements d'or, d'ivoire, d'esclaves, de dattes, reliaient Tombouctou, Smara, Fez, Marrakech. La dynastie des rois du Maroc seraient originaires de cette région. De Sijilmassa, il ne resterait que quelques ruines que je n'ai jamais personnellement trouvées. Pour un Européen, l'impression qui se dégage du paysage est un sentiment de bout du monde.

Réseau de Khettaras près de Goulmima Si le Ziz et ses aménagements de biez permet une luxuriance de végétation dans son environnement immédiat, il n'en va pas de même pour les autres plaines de la région. L'eau des nappes phréatiques alimentées par les rares précipitations sur les montagnes reste localisée à leurs pieds. La distribution par des rigoles ou canaux de surface est illusoire car le soleil et la chaleur ont tôt fait de l'évaporer bien avant son arrivée. Un ingénieux système de canaux souterrains, les Khettaras, amène l'eau des nappes phréatiques jusqu'à destination sur des parcours parfois de plusieurs dizaines de kilomètres. Creusés à plusieurs mètres voire dizaine de mètres de profondeur, leur parcours est ponctué de nombreux puits, à quelques dizaines de mètres l'un de l'autre, puits entourés des débris d'extraction donnant l'impression de taupinières bien alignées sur de longues distances. Ces puits, permettaient l'aération de l'eau ainsi que l'entretien des parois du tunnel. Après avoir traversé les siècles ou les millénaires permettant aux habitants du désert une harmonie avec la nature, les contraintes d'entretien et les pompes électriques ont rendu obsoletes les Khettaras à présent ensablées ou effondrées pour la plupart. Ceci évidemment comme beaucoup de ruptures avec les pratiques du passé n'est pas sans effets négatifs comme nous le verrons plus loin. Réseau de khettaras près de Goulmima

Les Khettaras En ce mois d'octobre 2013 nous sommes attablés à l'entrée d'une pseudo tente berbère à proximité de khettaras sur la route Erfoud - Tinerhir non loin du village de Jorf. En cette époque les autocars de touristes sont rares contrairement au mois d'avril quand nous sommes passés la dernière fois et que la foule des touristes nous avait dissuadé de marquer l'arrêt. Le lieu s'est transformé en attraction touristique et les guides autoproclamés se jettent devant les voitures pour les inviter à s'arrêter et pourchassent le malheureux ayant eu le malheur de stationner dans un rayon de quelques kilomètres. Nous observons juste en face de nous de l'autre côté de la route un haut éperon rocheux planté dans l'immense plaine sableuse et dominant tout le paysage.

La colline aux jolies cristallisations d'hématite Nous avions déjà fait une incursion au bas de la falaise à notre dernier passage avant d'en être chassé par le harcèlement des guides des khettaras. Cependant, les quelques minutes de tranquilité avant de devenir les cibles potentielles nous avaient permis de découvrir dans les éboulis de jolis agrégats de cristaux. La relative quiétude actuelle règnant sur le site des gargottes aux khettaras emportant la certitude de satisfaire en paix notre curiositié de minéralogistes amateurs nous décidons de retourner explorer le pied de la falaise.

Sphères d'hématite cristallisée Très vite nous découvrons à nouveau une profusion de ces boules de cristaux noirs gisant dans le sable ou les éboulis. En voici sur la photo jointe, mais je regrette beaucoup de n'avoir pu identifier ces minéraux, la couleur noire ou brune rappelle l'hématite mais la cristallisation cubique évoquerait plutôt la pyrite bien que cette dernière ait une coloration dorée. Si l'un de vous ami lecteur pouvait m'éclairer sur la nature de ces boules centimètriques (de la grosseur d'une noix à celle d'un abricot) j'en serais fort heureux.

A la recherche des boules d'hématite au pied de l'éperon rocheux Le socle de la première terrasse est formé d'imposants bancs de calcaire où nous découvrons bien des traces d'orthoceras. Ces mollusques céphalopodes de la classe des nautiloïdes munis de dents et semblables à de longs cornets effilés faisaient partie des prédateurs du paléozoïque et parcouraient les mers au Silurien il y a plus de 400 millions d'années, bien avant l'apparition de la vie animale ou végétale hors de la mer. Les roches noires gréseuses qui surplombent les couches à orthoceras sont donc plus récentes, d'après leur aspect, je parierais pour le carbonifère. D'abord sédiments de vieilles montagnes érodées par le temps, ils se sont lentement solidifiés puis les eaux en percolant a dissous les minéraux qui se sont concentrés dans des interstices avant que les atomes s'unissent selon leurs axes de symétrie pour former ces remarquables structures cristallines en boules.

Les flancs de l'éperon rocheux sont très raides Les flancs de l'éperon rocheux sont très raides mais l'envie est trop forte d'en découvrir plus sur la géologie du lieu. Solange souffrant d'un problème momentané de genou, je pars seul et en contournant, je réussis à trouver un sentier pour gagner le sommet avec beaucoup de persévérance mes problèmes de dos ne facilitant pas la tâche. Je découvre un vaste plateau à peine ondulé. La visibilité de part et d'autre est de plusieurs dizaines de kilomètres. D'autres ne s'y sont pas trompés car outre plusieurs tumulus, je découvre des traces de campement et ce qui ne laisse plus aucun doute, le dessin sur le sol de l'étoile du Maroc. L'armée a donc occupé les lieux et je me prépare à redescendre lorsque j'aperçois sur le sol un petit fragment de silex taillé.

Une première structure en pierre apparait Je décide de poursuivre l'exploration et je tombe sur une structure en pierre bien différente des habitudes de camps militaires. Ici sur la pointe de l'éperon, ces murs semblent veiller sur tout l'horizon oriental. Légèrement sur la gauche du panorama transparait une portion de l'oasis de Jorf.

D'autres refuges sont accrochés au flanc de l'éperon Je pousse la curiosité en m'approchant de ce que je supposais l'à-pic de la falaise. Et soudainement je me rends compte de plusieurs édifices de pierres sèches littéralement accrochés sur le sommet de la pente abrupte. De toute évidence il ne s'agit pas de lieux de résidence, je n'y découvre aucun orifice indiquant porte ou fenêtre. Quelques mètres plus bas, la pente débouche sur une verticalité impossible à franchir. L'étroitesse de certaines de ces constructions collées contre le rocher démontre qu'un seul individu à peine pourrait s'y tenir couché.

Détail d'une de ces constructions Le sol est parfaitement plat, la dalle naturelle apparente, les moellons des murs plus ou moins parallélépipédiques ne semblent pas avoir été taillés mais proviennent des roches éclatées par érosion thermoclastique. Ce phénomène est courant en montagne, les bancs de roches alternativement chauffées par le soleil puis refroidies la nuit éclatent et donnent ces débris de roches aux arêtes anguleuses qu'on rencontre au pied des falaises, contrairement aux galets roulés par les rivières ou le ressac du rivage dont les angles ont été soigneusement arrondis et polis.

La vue depuis ces refuges porte très loin Le maçon ici n'a eu qu'à se baisser pour ramasser ses moellons. L'ouvrage est à mon sens défensif, destiné à se préserver d'un ennemi aux armes primitives, canons et mitrailleuses étant illusoires. D'autre part, ces constructions sont totalement invisibles depuis la plaine ainsi que du plateau recouvrant la colline d'ailleurs. Leurs propriétaires s'en servaient uniquement de façon ponctuelle pour se cacher d'intrus parcourant la plaine par exemple. Mais si la probabilité qu'ils remontent à des temps très lointains jusqu'à présent à part mes déductions, rien ne m'indique leur ancienneté.

Bingo ! Une pierre gravée Et puis soudain, sur le bord d'un de ces abris, bingo ! Un bloc de pierre gravé... L'érosion a cependant bien fait son oeuvre déjà et l'oeuvre est difficilement lisible. On distingue cependant très bien deux spirales symétriques au centre ainsi que des points parfaitement alignés optenus par percussions en pointillages. Ce n'est pas la première fois que j'ai observé ce style de gravure préhistorique, l'autre fois c'était près de Tata à quelque 600 kilomètres d'ici. Elles étaient mêlées à d'autres types de gravures rupestres, parfaitement reconnaissables, et érosion ainsi que patine semblait indiquer une origine bien plus ancienne que les autres.

Etonnant, une gravure néolithique remontant à plusieurs millénaires, voire dizaines de millénaires à moins d'un kilomètre d'un énorme défilé d'autocars visitant les khettaras ! Et ces fortifications refuges en étaient-elles contemporaines ? J'ai souvent remarqué qu'ici comme chez nous, les hommes gardaient les mêmes habitudes au cours des siècles, chemins, villages, lieux de sépulture et de culte ! Bien avant pyramides, empires mésopotamiens, grecs ou romains nos ancêtres guettaient-ils d'ici les menaces, grands fauves ou envahisseurs parcourant la plaine ?
Plus tard, tant chez les "guides" qu'à mon hôtel, l'existence de ce "village" n'était rien moins qu'inconnue pas plus d'ailleurs que l'existence des gravures (J'ai découvert au moins deux blocs gravés à cet endroit). Tout au plus l'endroit était réputé comme ayant été occupé par l'armée française afin de surveiller les déplacements des tribus guerrières lors du protectorat au début du XXème siècle.

 

Rissani, Merzouga et Taouz

La palmeraie de Rissani La palmeraie de Rissani est une des plus célèbres et sans doute une des plus connues du Maroc. Nos espoirs d'y rester une semaine cet automne se sont envolés car après demain ce sera le fameux moussem de la récolte des dattes. Journée de réjouissances mais également énorme foire commerciale attirant des gens de tout le Maroc. Nous avons décidé aujourd'hui de suivre la boucle touristique entourant Rissani dans sa palmeraie avant de poursuivre plein Sud. La plaine est un puissant entassement de limons fertiles amenés de l'Atlas au long des siècles par les oueds. En d'autres termes, une forte épaisseur de boues.

La palmeraie se dégrade Très fertile, ce sol est pafait pour l'agriculture et le palmier dattier. Ces cultures demandent cependant énormément d'eau qui auparavant était amenée par des canaux d'irrigations, voire des khettaras, et distribuée localement par des notables chargés de veiller strictement à la répartition coutumière du précieux liquide en ouvrant et fermant les "vannes" des biez avec l'aide des antiques horloges à eau. Les facilités mécaniques du monde moderne ainsi que les nouvelles lois d'un marché international ont effacé ces anciennes coutumes tandis que les pompes électriques si elles alimentaient sans fatigue les palmeraies vidaient aussi les nappes phréatiques de leur eau insuffisamment renouvellée. Conséquence, plus d'eau, plus de taille, et les palmiers fragilisés par des maladies cryptogamiques meurent tandis que le désert avance au fur et à mesure de leur recul comme ici à Foum Zguid en 2012.

Culture de choux dans la palmeraie En 2005 encore, les palmiers partageaient le sol avec cultures maraîchères telles qu'oignons, poivrons, pommes de terre, navets ou encore avec du blé. Ici dans le Tafilalet en 2014 je remarque qu'on retrouve encore assez bien de blé ainsi que comme ici des choux. L'ombre et la végétation au sol devait entretenir une humidité atmosphérique favorable. Dans la plupart des palmeraies cependant, les jardins ont disparu et ont été remplacés par la luzerne. Il semblerait que ces pratiques ancestrales ne pouvaient rivaliser avec les cultures intensives des serres d'Agadir ou autres régions du Maroc. Par contre, la luzerne elle est facilement commercialisable localement pour nourrir les chèvres dont la viande peut elle, être échangée contre de bons dihrams sonnants et trébuchants. On voit près des villages, des motos et des vélos transportant des fardeaux de luzerne tandis que les femmes en portent d'énormes bottes sur la tête. Le tout se retrouve en vente dans le souk.

Merzouga et le tourisme Une quarantaine de kilomètres plus loin, nous arrivons dans le village de Merzouga au pied de l'erg Chebbi. Les lieux ont peu changé depuis notre dernier passage il y a 8 ans. Etangement, alors que des hordes de touristes déferlent dans la région amenés par des dizaines d'autocars chaque soir, le village est calme, trop calme et manifestement la prospérité du lieu n'a pas rejailli sur lui. Pourtant les riads et autres kasbahs ont poussé comme champignons tout autour de l'erg Chebbi. Mais hélas pour les quelques vendeurs de souvenirs et les deux ou trois gargottes locales où pour deux fois rien, nous dégustons pourtant la plus délicieuse tajine kefta de notre vie.

Un des multiples riads touristiques au pied de la dune L'explication de cette désaffection des touristes pour ce village au sein d'une région florissante semble trouver sa cause dans le tourisme de masse. En effet, beaucoup de visiteurs arrivent en car des hôtels de Marrakech ou Ouerzazate avec pour but une "découverte" du désert sommaire. Un jour de route les amène dans les riads ou en "bivouac tente berbère" et, arrivés en fin d'après-midi, ils auront juste le temps d'une balade en chameau, d'un bon souper, pour repartir le lendemain matin vers leurs hôtels dans les métropoles. Idem pour les découvertes 4x4 destinés à "venir faire du sable" au bord de la dune. Le défilé à certaines heures sur la route de Tinerhir ou celle d'Agdz de ces différents véhicules touristiques semble démontrer la thèse ci-dessus. Dans ces conditions, guère le temps de sortir du riad dont vous voyez un des exemplaires sur la photo jointe, pour fréquenter le village de Merzouga.

Malgré le tourisme à outrance la dune de l'erg Chebbi est bien jolie Malgré le tourisme à outrance la dune de l'erg Chebbi est bien jolie et je me prends à l'apprécier pour autant que je l'aborde hors des heures d'affluence touristique. Je remarque que l'avant de la selle des chameaux qui vont être empruntés bientôt par nos explorateurs d'un jour est surmonté d'une sorte de guidon de vélo qui rend la chevauchée encore plus loufoque. Il ne manque plus que la sonnette pour évoquer nos caroussels chevaux-de-bois. Bof, tous les goûts sont dans la nature, personnellement je ne dédaigne pas les parcs d'attractions.

Qui dit tourisme de masse dit aussi pollution Qui dit tourisme de masse dit aussi hélas pollution et les endroits un peu plus isolés de l'erg n'en sont pas moins témoins du comportement de "l'explorateur" de base. Les entassements d'ordures sont courants comme ici sur la photo de droite où canettes, bouteilles, boîtes de conserves et papiers usagés ont été entassés au pied de ces arbustes de tamaris où encore ici près de Foum Zguid ou l'on découvre les traces d'un ancien "Paris-Dakar" ou d'un semblable rallye "sportif" grâce à une collection de boites à sardines en plein désert. Amis lecteurs, vous avez deviné je pense que je n'apprécie guère ce genre de visiteurs.

Taouz fin fond de la route Vingt kilomètres plus loin voici où la route s'arrête. J'enrage de ne pas pouvoir poursuivre plus loin. J'ai peu d'admiration envers les 4x4 et surtout des pistes empruntées par ce genre de coureurs du désert, plus absorbés par de supposées performances mécaniques que par la beauté des paysages et leurs mystères. Pourtant, je donnerais cher pour avoir une jeep à ma disposition ou encore une moto tout-terrain afin d'aller vagabonder dans ces immensités du Kem-Kem ainsi que dans les montagnes riches en fossiles et en minéraux que je soupçonne aussi receler bien des sites préhistoriques. Mais bon, mon expérience de curieux m'a aussi démontré que les coins les moins explorés sont généralement ceux auxquels personne ne pense tels que les alentours immédiats des routes carrossables.

La route de Rissani à Alnif

Nous avons repris la route d'Erfoud vers Alnif Ce matin, nous avons repris la route d'Erfoud vers Alnif. Après le carrefour de Rissani la route s'étire dans une vaste plaine sableuse bordée d'escarpements rocheux. Nous explorons ces roches et ne tardons pas à identifier des bancs calcaires striés de goniatites et autres orthoceras.

Des bancs de roches bourrées de fossiles Sur ces rochers, nous surmontons donc 400.000.000 d'années. Le sable qui monte à l'assant de ces collines provient lui des sols quaternaires de la plaine qui concentre les sédiments des montagnes disparues. La région d'Erfoud est renommée pour les fossiles du Silurien et de nombreuses échoppes de Rissani essayeront de vous vendre un de ces précieux témoins du passé, brut, après polissage ou taillé en forme d'évier ou même de baignoire... Attention toutefois, l'origine n'est pas assurée et pas évident pour le quidam d'identifier une copie proprement manufacturée ou un véritable fossile.

Solange en pleine conversation C'est le cas ici. Je me suis éloigné pour gagner la crête d'une colline et j'aperçois Solange en grande conversation avec un vendeur de fossiles. Circulant à vélo le long de l'unique route, son moyen de subsistance est d'essayer de vendre au touriste l'une ou l'autre de ses trouvailles ou encore un des objets manufacturés décrits ci-dessus. Je me garde bien de signaler ma présence car j'apprécie beaucoup la solitude dans mes occupations de chasseur de rêve. Il est toujours frustrant de devoir décliner l'achat de babioles vu la gentillesse de ces vendeurs. Si ils tenteront avec insistance de faire affaire avec vous, ils ne montreront aucune rancune si vous restez ferme avec le sourire. Une conversation avec un autre humain ici est toujours bienvenue et de cela aussi j'en suis personnellement conscient.

La route s'enfonce dans le djebel Ougnat La route s'enfonce dans le djebel Ougnat. L'état de la chaussée est excellent, mais il faut être prudent car l'accotement est toujours impraticable et nous devons parfois rouler des centaines de mètres, voire des kilomètres, pour stationner la voiture en sécurité hors de la chaussée. Si la circulation est plutôt confidentielle, on y voit les 4x4 bien propres foncer vers l'erg Chebbi. Le modèle des occupants est fort standart: un homme jeune au visage impassible, lunettes de soleil sur le nez, concentré sur son volant et à ses côtés une jeune femme coude négligeamment posé sur la vitre ouverte de la portière, l'air grave. Très facile de distinguer un de ces véhicules avec celui d'un local; le touriste roulera à tombeau ouvert toujours aussi impassible tandis que l'habitant de la région sera prudent et vous fera un grand signe de main.

Dans le djebel Ougnat Nous sommes bien loin des sols fertiles du Tafilalet, de part et d'autre de la route c'est le domaine du reg, un sol caillouteux à peine semé d'acacias et de quelques touffes de graminées. Les pics du djebel Sahro témoignent pourtant que nous sommes toujours dans la région montagneuse.

Signalisation d'une piste Il ne faut pourtant pas s'y tromper, de ci, de là, au sein de ces montagnes se cachent des villages au bout d'improbables pistes, comme l'indique ce "panneau" de signalisation le long de notre trajet. C'est sans aucun doute ce genre de piste qui me plairait si j'avais le bonheur d'avoir ici à ma disposition un véritable 4x4 équipé de pneus adéquats ou encore une moto tout terrain. Une machine d'une cylindrée de 100 à 200 centimètres cubes me parait idéale. Ici la vitesse est un non sens, la maniabilité et surtout un poids raisonnable de la moto sont certainement indiqués pour ce genre d'exploration. Je me dois d'ajouter que lors de nos pérégrinations dans le pays, il ne nous a pas été rare d'être témoins d'un transport de pilotes de motos ou de quad grièvement blessés. Attention, ici pas d'hélicoptères, les ambulances ne sont pas légion et les hopitaux équipés pour les pathologies graves situés à des heures de route... quand aux médecins, à Alnif par exemple, on nous a affirmé un seul médecin pour une région de 60.000 habitants. Trompe-la-mort motorisés prenez garde !

De vastes plateaux couverts de regs Nous profitons du court trajet de ce jour, à peine 100 kilomètres, pour faire de nombreux arrêts et nous aventurer dans le paysage. Seul le souffle du vent éveille de temps à autre un écho sur ces vastes espaces couverts de cailloux et de sable. En marchant en silence, l'impression est de parcourir l'espace tout en sortant du temps. La planéité n'est qu'une illusion car chaque ondulation découvre un autre terrain de couleur et d'aspect différents. De temps à autre nous cueillons des pierres usées par les millions d'années transformées en étranges sculptures. Plus nous marchons et plus les montagnes noires à l'horizon semblent s'éloigner de nous.

Le pommier de Sodome fleurit dans le lit d'un oued Parfois, dans la traversée d'un oued, le pommier de Sodome hisse sa silhouette étonnamment vivante vers le ciel. Les grappes de fleurs sont superbes et cohabitent avec les fruits, des espèces de grosses pommes vertes.

Les jolies fleurs et les fruits du pommier de Sodome Attention toutefois car toutes les parties de cette plante sont toxiques et notamment le latex qui sourd de ses blessures. Il semblerait toutefois que les indigènes utilisent ses propriétés médicinales même si chameaux et chèvres se gardent bien d'y toucher alors que les uns et les autres se régalent des rameaux d'acacia horriblement épineux.

Même le désert fleurit en avril Mais le désert peut aussi prendre des aspects surprenants; ici en avril sur la même route Alnif - Rissani, l'un ou l'autre coin de roches recelant un brin d'humidité caché dans le sous-sol, éclate en fleurs multicolores, blanc, jaunes, oranges...

Nous sommes arrivés à Alnif Nous arrivons à Alnif. Le ciel a pris un aspect menaçant et une brève ondée a éclaté en une très éphémère averse de pluie... Nous aurons eu beaucoup de chance car la pluie n'est plus tombée ici depuis 4 ans et il faut à présent descendre à 40 mètres de profondeur pour rencontrer la nappe phréatique et pomper le peu d'eau essentiel à la vie humaine dans la ville d'Alnif.

 

Fin de la page 4, pour lire la suite du récit cliquez sur la flèche à droite ci-dessous.

Flèche page précédenteRetour page 3

page 5Flèche page suivante

Flèche haut de page