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La quête du désert

Page 3 à jour le 31 décembre 2015

Guy DENOEL

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Les Poissons du Sahara - page 3

 

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La route vers l'Atlas

(Pour la cartographie, Tanger, Tetouan, Chefchaouen, Meknès, Azrou et Midelt cliquer sur Cartographie régionale. la carte s'ouvrira dans un nouvel onglet (ou sur une nouvelle page selon votre navigateur). Vous n'aurez plus alors qu'à zoomer sur la carte et à la parcourir avec l'aide de la souris et de sa roulette. Pour revenir à Chemin de Lune fermer la page ou l'onglet de la carte.)

Chefchaouen Après la traversée du détroit de Gibraltar, nous avons quitté le port de Tanger Med et prenons le chemin le plus court pour rejoindre les monts de l'Atlas. A part quelques petites difficultés à trouver sa route à travers Fnideq, nous roulons facilement jusqu'à Tetouan, empruntant même un bout d'autoroute (payante). La traversée de Tetouan demande un peu plus de doigté et je vous invite à revisiter mes conseils de conduite à la page 2. Tout comme chez nous, l'agressivité du conducteur augmente avec la proximité des villes. Prudence donc, roulons cool et tout se passera bien. Ne jamais s'énerver est une devise valable partout en Afrique. Il est utile également de préciser qu'à moins d'avoir téléchargé une version onéreuse (90 euros) de la carte du Maroc, votre Gps ne vous sera plus d'aucune utilité. Sauf dans les grosses bourgades du Nord, un Gps routier me semble tout à fait superflu car les régions qui vous intéressent ne sont que médiocrement cartographiées, principalement les grand-routes.

Chefchaouen la ville bleue La bonne centaine de kilomètres de routes de montagne, pas toujours en excellent état mais praticables malgré les multiples lacets et les véhicules lents (à dépasser avec prudence), ont été parcourus en moins de trois heures et je vous propose de loger ici à Chefchaouen que vous apercevez sur les photos annexées à ce texte. Anexée dans le passé par les Espagnols, la ville en a gardé de multiples traces, les couleurs bleues et blanches des habitations sans doute mais aussi le souvenir des bombardements par Franco lors de la sinistre dictature espagnole. Ceinturée de ramparts, la ville garde un charme certain et les visiteurs andalous y sont légion (Notamment des "visiteuses" manifestement en "chasse" d'un tourisme sentimental). N'hésitez pas à y séjourner deux ou trois nuits pour vous reposer du long voyage, le séjour y est agréable et vous avez encore une sacrée trotte devant vous pour enfin atteindre les déserts de l'Atlas.

Chefchaouen, tombeaux et ordures le long des ramparts Bien évidemment, la découverte de Chefchaouen et environs prendrait bien plus de deux ou trois jours mais n'oublions pas que le but de ce récit est le Grand Sud. Ce qui me frappe spécialement à Chefchaouen outre la beauté de la ville c'est la multitude de tombes parsemant le terrain juste au delà des ramparts, sous les fenêtres des maisons, vision surréaliste, mais aussi sans doute, cette vilaine habitude de maints habitants de se débarrasser des ordures et autres sacs plastiques colorés en les jetant hors des murs des villes en l'occurence ici au pied des superbes ramparts. Ville sainte de l'Islam interdite aux chrétiens jusqu'au début du XXème siècle, Chefchaouen accueillait pourtant une communauté juive très importante jusqu'à son émigration pour Israël dans les années 1960. Les habitants de Chefchaouen semblent en avoir gardé une nostalgie certaine et certains nous ont même emmenés pour preuve dans le cimetière juif abandonné toujours bien présent sur son flanc de montagne.

De Chefchaouen à Midelt dans le Moyen Atlas

Moyen Atlas à 2000 mètres d'altitude Nous piquons plein Sud. Je ne m'étendrai pas sur l'intérêt touristique certain du trajet entre Chefchaouen et Midelt qui pourrait faire l'objet d'un autre histoire. Les possibilités de logement sont assez restreintes sur les 390 km de route entre ces deux villes, tout au plus Moulay-Idriss, Meknes/Fes et Azrou. De Chefchaouen à Meknes, 200 km de petites routes sinueuses à travers des collines à la végétation méditerranéenne. Si vous n'avez pas lu attentivement mes recommandations sur les limitations de vitesse, votre portefeuille a déjà été allégé de 700 dihrams. Evitez de persévérer, les contrôles continuent plus loin. En pratique, les entrées et sorties des villages traversés sont gérées par la police. N'oubliez pas d'immobiliser votre véhicule à hauteur du signal "attendez police" ou si le fonctionnaire vous fait signe d'approcher, de rouler avec prudence. Ayez votre passeport à portée de main, même si la plupart du temps vous aurez juste à décliner votre métier, le but et la raison de votre voyage. Toujours COOL et avec le SOURIRE, j'insiste et tout se passera bien.

Midelt, il a neigé sur la montagne la nuit passée Meknes, traversée pénible, nombreux feux rouges et conducteurs fantaisistes mais pas bien méchants pourvu qu'on garde les yeux partout. La route s'élargit et devient plus rapide vers Azrou. D'abord de longues ondulations de terrain puis cela s'élève. Les premières barrières à neige apparaissent. De novembre à mars, le parcours sera hasardeux ou impossible car vous allez grimper à plus de 2200 mètres d'altitude. Brouillard et/ou pluie vraisemblables lors de la montée dans la forêt de cèdres. Attention à la traversée inattendue de singes, d'autant plus surprenante que le déclin du jour et la fatigue ne vous inciteront pas à ralentir l'allure. La conduite de nuit dans ces lieux n'aurait rien d'une partie de plaisir. Un coup d'oeil sur les sommets cultivés du Moyen Atlas sur la photo ci-dessus, et 60 km plus loin vous arrivez juste avant la nuit en vue de Midelt avec en arrière plan les sommets de l'Atlas enneigés. Nous sommes à la mi-octobre et la neige est tombée la nuit passée.

Midelt et sa région

Midelt, les sacs en plastique décorent le paysage Tel le pied des ramparts de Chefchaouen, il est navrant d'apercevoir à l'approche de Midelt, (comme à celle de nombreux villages du Grand Sud) un triste décor de sacs plastiques et autres bouteilles brinqueballant au gré du vent et décorant buissons et arbustes en sinistres arbres de Noël. On retrouve parfois ces sacs roulant à des dizaines de kilomètres de toute habitation au fond du désert. Depuis quelques années, les sacs noirs ont été remplacés par des teintes bleues, roses, blanches, ce qui a mon sens n'égaie pas leur présence. Espérons qu'une prise de conscience interviendra pour sauvegarder ces paysages pourtant somptueux qui pourraient alors bien mieux attirer le tourisme et de nouvaux revenus aux autochtones.

Midelt, garage pour réparations Amis motards, c'est le moment de vous rappeler que pour les changements de pneus ou autres entretiens spécifiques à la marque de votre machine je vous avais conseillé de vérifier avant le départ les garages consessionnaires Suzuki, BMW, Honda au Maroc... Peu de chances que vous en trouviez hors des grosses villes sur la côte Atlantique... Vous trouverez dans la plupart des villages des mécaniciens travaillant sur toutes voitures et motos souvent couchés dans la poussière à même la rue. Ces mécaniciens ont une réputation de magiciens de la mécanique... Pour les pièces de rechange très spécifiques et impossibles à bidouiller sur le terrain ça sera plus long et compliqué. Sachez aussi que la grande majorité des assurances "assistance", fonctionnent hors Europe pour les individus uniquement mais pas pour les machines, voitures et motos !

Midelt, deux enfants passent sur un âne sous la fenêtre de notre hôtel Deux enfants passent sur un âne, d'autres jouent dans la poussière. Charmant spectacle et pourtant c'est un des pires désagréments que vous rencontrerez dans les lieux touristiques du Grand Sud. Des ahuris rassurés par leur (relatif) pouvoir d'achat européen se sont mis à distribuer par le passé stylos et dihrams (1 dirham = 10 cents = 1 pain). Grâce à ces bienveillantes largesses à bon marché, les mômes en fin de journée ramènent plus à la maison que le papa pour son dur labeur. Conclusion, pas plus bêtes ils en déduisent que la mendicité rapporte plus que le travail: CQFD ! Si les adultes font la chasse à ces gamins, il n'en reste pas moins que la coutume "Donne-moi un stylo, donne-moi un dihram" s'est répandue à travers le pays et qu'en bandes les bambins peuvent se montrer infernaux. Je me souviens d'avoir été entouré à Mahmid par une dizaine de gosses de 3 à 6 ans décidés à me faire les poches et je n'ai dû mon salut qu'à un habitant intervenu à grand renfort de taloches. Cette année ici à Midelt, la conversation bonhomme s'est encore terminée par le caillassage de ma voiture tandis que je prenais la fuite. Si cette pratique est toutefois extrême et peu courante soyez tout de même prudents et déclinez fermement avec le sourire même si ça vous fait mal au coeur. J'ajoute que ce comportement des enfants est typique des lieux très fréquentés par les touristes. Ailleurs il est quasi inexistant et quand les enfants viennent vous tendre la main comme vous le vivrez journellement, c'est vraiment qu'ils ont de la sympathie envers les étrangers.

Un douar de Midelt Votre arrivée à Midelt vous a convaincu que vous arriviez dans un épouvantable centre urbain. En réalité seules deux ou trois rues sont encombrées de voitures, commerces etc... S'il est très facile de se perdre dans le dédale des routes secondaires, à pied, vous quittez très rapidement l'atmosphère citadine pour gagner les douars (Village ou quartier) par routes et sentiers de terre serpentant parmi champs de pommes de terre, roselières et étendues maraîchères. Les maisons de terre y sont la règle parmi les vergers de pommiers. Le sillon des oueds descendant de l'Atlas verdoient de cultures. L'altitude, 1500 mètres, et la géographie amènent encore des précipitations, pluies et neiges et permettent une forme d'agriculture qui n'est pas encore étrangère à nos yeux européens. La pomme est le symbole de Midelt et ses vergers le démontrent bien.

Midelt, la vaisselle dans le biez Au pied des habitations de terre, dans le biez bordé de saules de l'oued, des femmes lavent la vaisselle. Les lave-vaisselle sont très loin d'ici, tout comme les machines lave-linge et quand l'eau coule en pleine lumière, il n'est pas rare d'y apercevoir des petits groupes de femmes battant le linge à même un rocher au milieu du ruisseau. Evitez toutefois de vous lancer en voiture dans les routes secondaires sans savoir où vous allez et surtout ce qu'il va advenir du chemin praticable que vous suivez. Si parfois après de multiples tours et détours la route se termine dans un étroit cul de sac d'où vous n'avez aucune idée de la façon de vous extirper, il arrivera aussi que ce même chemin dans une montée ou un virage se termine soudain par un précipice au bout de votre capot ! La signalisation routière est fort succincte et la plupart du temps vous ne saurez pas le nom du village que vous venez de traverser. Les panneaux indicateurs sont plutôt déficients et quand existants, régulièrement apposés là où vous ne les verrez pas.

Midelt, linge mis à sécher Etrangement, l'usage du fil à linge et des pinces semble inconnu dans ces contrées. Généralement le linge est suspendu sur un arbuste, déposé sur une clôture d'épineux déssèchés voire étendu à même le sol où encore comme ici sur la photo jetés sur un tas de branchages. En cas de soudaines rafales de vent, j'imagine la chasse aux chaussettes et autres chemises s'enfuyant seules dans la nature !

Midelt, habit traditionnel local Si les jeans et vêtements occidentaux sont communs, ici comme ailleurs djellabas et Chèches sont aussi bien portés par les hommes. En fait, j'ai plusieurs fois remarqué que des hommes, toutes classes sociales confondues avaient souvent pour habitude de quitter les habits occidentaux à leur retour du travail pour revêtir la djellaba. Plus on s'enfonce dans les déserts plus les habits traditionnels s'affirment. En ce qui concerne les femmes, il est remarquable de constater que couleur du vêtement, port du voile, visage couvert ou pas, diffèrent considérablement de village en village où l'habit féminin est totalement uniforme. Dans les endroits touristiques, guides et portiers d'hotel, ont coutume de porter des habits éveillant l'impression de nomades d'un autre temps.

Travailleur agricole près de Midelt Contrairement à l'agriculture intensive à grande échelle qui fait la richesse des plaines atlantiques et des contreforts du Moyen Atlas, l'étroitesse de la bande arable est ici déterminée par les filets d'eau descendant de l'Atlas. Les pratiques agricoles sont donc artisanales. En sus du maraichage et d'encore quelques vaches broutant les jardins récoltés, la pratique ici est le zéro déchet (excepté les sacs et bouteilles plastiques à voir ci-dessus)et la récupération totale. Le moindre végétal est récolté pour nourrir les animaux comme ici sur la photo où un paysan agenouillé est armé d'une faucille et recueille un peu de verdure. Les femmes dans les champs portent des bottes de foin et d'impressionnants faisceaux de roseaux sur les épaules. Le bois sec est soigneusement récolté pour réparer les palissades des enclôs ou encore pour servir de combustible.

Nous suivons un filon de rhodochrosite près de Midelt Ou commence et finit le Sahara ? Vaste question qui relève plus de la sémantique que de la géographie. Tenant compte que l'étymologie de sahara vient de l'arabe et signifie désert, on le définit généralement comme une vaste bande de région désertique s'étendant sur tout le continent africain de l'Atlantique à la Méditerranée et à l'océan indien avec pour limite au Nord le palmier dattier à maturité et au Sud l'apparition de certaines herbacées. Les paysages désertiques débutant à partir des sommets de l'Atlas pour se poursuivre en continu jusqu'à l'Est du continent africain nous pouvons donc utiliser l'appellation Sahara ici à Midelt, ou tout du moins parler des régions pré-sahariennes. C'est une erreur de considérer ce vaste désert comme une morne étendue horizontale de dunes et de sable; seul à peine vingt pourcents du Sahara correspondent à cette vision à travers les grands ergs. De vastes étendues montagneuses élevées parsèment également le Sahara: Hoggar, Tibesti, hamadas etc...

Une piste s'enfonce dans les montagnes près de Midelt Aujourd'hui, j'ai cru discerner sur la carte routière couvrant le Maroc, la possibilité d'une route asphaltée près de Midelt, conduisant à des mines abandonnées à une trentaine de kilomètres dans la montagne. Les pistes empruntées par les "transports touristiques" sont plus ou moins balisées mais tel n'est pas le cas ici et les pistes indiquées sur la carte sont plus que douteuses. C'est un réel problème que celui des cartes géographiques quasi inexistantes ici y compris dans les commerces et les hôtels. Je vous conseille vivement d'acquérir la carte Michelin au 1:1.000.000 avant de quitter la Belgique ou la France. Une telle carte n'est pas très pratique au point de vue local mais ce sera pourtant la seule que vous pourrez raisonnablement acquérir. Si vous suivez les chemins balisés, certains guides papier ou Gps peuvent être utiles, tels les guides Gandini. Si vous êtes un partisan de l'aventure et des "chemins de traverse" comme moi, il faudra vous montrer très prudents, avancer à tâtons et souvent rebrousser chemin, mais c'est le prix de l'indépendance et de la découverte du désert loin des foules ou des obsédés du Paris-Dakar.

La route asphaltée menant vers les mines d'Aouli dans la montagne Ne comptez pas trop sur les renseignements que pourraient vous donner les habitants et les personnes rencontrées en chemin, voire le personnel de votre hôtel. En fait les Marocains sont des gens très polis et aimables et ils se feront toujours un devoir de vous indiquer l'endroit que vous cherchez même s'ils ne le connaissent absolument pas soit encore parce qu'ils n'ont pas compris votre demande. Les notions de distance sont aussi tout à fait aléatoires ici, quand la voiture personnelle est un luxe rare et que tous les déplacements se font à pied ou en vélo. Nombreux sont ceux qui n'ont jamais mis les pieds dans le village voisin à 100 km de chez eux. Fiez-vous plutôt à votre instinct et contentez vous d'engager la conversation avec les locaux uniquement pour le plaisir. Plaisir qu'ils partageront sans aucun doute avec vous. Faire bon accueil à l'étranger voyageur n'est pas rien qu'un charmant précepte au Maroc.

Je suis un filon affleurant de rhodochrosite La région de Midelt est réputée un eldorado pour minéralogistes. Aux alentours de l'un ou l'autre village des jeunes hommes tentent de marchander quelques minéraux aux amateurs. Ceci ne nous séduit guère, en fait notre plaisir à nous est dans la recherche plutôt que dans la découverte. Peu nous importe le minéral de collection dès que nous l'avons trouvé nous le laissons sur place afin de ne pas nous encombrer de cailloux. Nous déclinons donc gentiment les offres et dès la disparition du moindre signe de civilisation, nous abandonnons la voiture au bord du mauvais chemin et nous nous enfonçons à pied dans la caillasse, au hasard, vers une crête parsémée d'un manteau de quartz blanc. Nous ne tardons pas à croiser un filon de rhodochrosite affleurant et à le suivre sur quelques centaines de mètres. La rhodochrosite est un carbonate de manganèse utilisé notamment pour en faire de superbes bijoux roses. Nous apprendrons plus tard par un Français que les locaux racontent que Solange et moi, sommes chasseurs de météorites. Première remarque, en plein désert on est pratiquement toujours sûrs d'être repérés par quelqu'un et, seconde remarque, ici quelqu'un qui cherche a de toute évidence l'intention de revendre sa trouvaille. Les météorites pouvant se conserver intacts des milliers d'années sous ce climat sec il arrive couramment d'en découvrir. Ils ont une valeur marchande très élevée. Quelqu'un qui cherche dans le désert, en toute logique est donc chercheur des météorites ! CQFD... J'ai souvenir d'avoir vu une année, de la fenêtre de mon hôtel, une multitude de femmes passant au crible un champ de cailloux comme l'auraient fait des amateurs de champignons. J'ai appris par après, que quelques semaines auparavant un bang nocturne avait annoncé une chute de météorite retrouvée quelques dizaines de km plus loin. Depuis, la région était ratissée par les locaux au cas où des débris se seraient dispersés près du village.

Mines de plomb sur le chemin d'Aouli Dans un creux de vallée apparaissent de gigantesques haldes. Nous abandonnons la voiture et grimpons vers les falaises qui les surplombent. Il s'agit de toute évidence d'anciennes galeries de mines. Nous nous dirigeons vers la source des bruits métalliques et après avoir contourné un âne bâté allongé sur le sol, nous découvrons une étroite faille horizontale au pied de la falaise. Un homme y est allongé et à grands coups de barre à mine et de pic, il grapille le mince filon de galène, à peine un centimètre d'épaisseur, qui strie la roche dure en s'enfonçant sous la montagne. La galène, minerai de plomb fut autrefois exploitée par les Français lors du protectorat mais les mines sont depuis longtemps épuisées. De pauvres hères tels celui-ci, sans la moindre protection ni étançon, creuse la roche sous les milliers de tonnes qui surplombent pour en extraire une dizaine de kilo de minerai par jour, nous dit-il en nous montrant sa récolte du jour. A 6 dihrams le kilo, ça lui fera un peu moins de 6 euros journaliers. Suffisant pour vivre avec sa famille nous dit-il souriant, mais rien de plus !

Cercle de pierres avec niche orientée A force d'avoir arpenté ces paysages années après années, il semble que nous ayions acquis un sens supplémentaire et que nous discernons directement les éléments anormaux n'ayant aucune raison naturelle de se trouver dans le biotope. Ici, j'ai été intrigué par un amoncellement anachronique de pierres le long de ce qui fut de toute évidence un ruisselet dans un très lointain passé. A l'examen après approche, cela se révèle une suite de sortes de margelles de puits circulaires sans la moindre ouverture latérale et reposant directement sur le rocher ce qui réfute évidemment l'hypothèse de puits. Je lance une proposition qu'il s'agit de lieux rituéliques de sépultures, les trois structures cylindriques bien alignés Ouest-Est. Cela semble se confirmer par la découverte sur le flanc de colline jouxtant d'un parfait cercle de pierres tel que vous le voyez sur la photo. Il me parait absurde d'y supposer l'oeuvre de nomades, les sépultures islamiques du désert étant clairement indiquées par une ou des pierres plattes plantées verticalement dans le sol. Rien de tel ici, et le cercle comprend une espèce de "niche" donnant à l'ensemble un parfait alignement O-E que je vérifie à la boussole. Bien que peu spectaculaire, ce sera le premier monument supposé multi-millénaires dont je vous parlerai par la suite.

Un filet d'eau sourd de dessous la dalle de couverture et s'écoule dans la vallée Une quinzaine de kilomètres plus loin, dans un méchant radier caillouteux, un filet d'eau courante traverse la route. Nous le suivons à pied en grimpant les falaises qui l'enserrent. L'eau cascade de minuscules bassins en minuscules bassins, sourdant de dessous l'épaisse dalle calcaire recouvrant des schistes et des grès détritiques à perte de vue. Une végétation clairsemée l'entoure et des coulées d'animaux convergent vers l'étroit ravin. Mon instinct de pêcheur ne fait qu'un tour et je m'approche sur la pointe des pieds, évitant de jeter la moindre ombre ou de laisser une pierre débouler trahissant ainsi ma présence.

Drôle de poisson n'est-ce pas ? Au lieu des poissons que j'espérais surprendre c'est un superbe serpent qui paresse dans l'eau à moitié lové sur un lit de mousses. Oeil grand ouvert il semble guetter dans la quiétude du soleil. Je n'ai pas l'impression qu'il s'agisse là d'un dangereux reptile et de toute façon je reste à distance prudente ne serait-ce que pour immortaliser l'animal en photo. Un geste un peu brusque et pris de panique le serpent se rue sous un rocher de la rive. Je n'ai jamais eu un amour immodéré pour les serpents mais j'ai suffisamment eu l'occasion d'en cotoyer à quelques reprises pour me rendre compte qu'ils ont au moins aussi peur de notre présence que nous n'en avons de la leur.

Un crabe dans un trou d'eau à 1500 m d'altitude Je reprends ma progression de félin persuadé de surprendre plus loin des poissons dans cette eau qui parait couler toute l'année. Rien de tel, mais je tombe sur une population de crabes ! Par le passé, sur l'île de Rhodes j'avais bien déniché des crabes dans un ruisseau de montagne. Mais la mer à Rhodes n'était distante que de 10 kilomètres et l'altitude de 200 mètres. Ici nous en sommes à 250 kilomètres à vol d'oiseau, sans le moindre cours d'eau permanent et à une altitude de 1.500 mètres ?
Désolé amis pêcheurs, les poissons ce sera pour une autre fois.

La piste d'Aouli s'engage sur un pont douteux Le chemin se dégrade de plus en plus en plongeant dans un étroit défilé et nous arrivons à un méchant pont de madriers douteux. Les trous dans les troncs pourris ont été comblés par des cailloux. Après un essai à pied je renonce à y engager la Toyota car en plus, le chemin se rétrécit, toujours plus caillouteux et l'asphalte arraché, creusé de profondes ornières par les crues antérieures de l'oued.

Des traces de malachite apparaissent sur les parois rocheuses où nous abandonnons la voiture Une longue marche arrière pour manoeuvrer en toute sécurité et en évitant de laisser la voiture trop près des parois de roches détritiques nous abandonnons la Toyota pour passer le pont de l'oued Moulouya à pied et poursuivre le défilé sur quelque kilomètres. A certains endroits, la roche est maculée de vert et on distingue très bien la malachite. En marchant, je cueille au pied du roc quelques fragments de pierres décrochées arborant de superbes encroûtements d'azurite d'un éclatant bleu...azur... évidemment !

Aouli échafaudage dans une faille Les hautes parois de la montagne portent les traces d'innombrables galeries, reliées par de périlleux sentiers surplombant la trace des rails pour wagonnets le long des rives partiellement rongées par le torrent qui manifestement coule pérenne ici.
Si l'exploitation en a été abandonnée depuis des lustres on repère ci et là dans les endroits les plus inaccessibles des falaises de longues failles verticales munies de boisages sommaires et d'échelles de rondins. Des hommes continuent actuellement à chercher du métal en creusant à grands risques dans la roche. Ici sur la photo, après agrandissement, on voit très bien le filon de couleur noire que les mineurs récoltent en creusant à la verticale au dessus de leurs têtes.

La piste longe l'oued d'Aouli Malgré l'eau et les riches alluvions déposées sur les rives du torrent, peu de végétation, sinon quelques robustes saules ci et là. On devine que les crues s'y montrent particulièrement violentes. Dans un rapide, quelques hommes les pieds dans l'eau lavent le contenu de casiers, des roches semble-t-il. Un grand signe de la main comme de coutume et nous continuons notre route.
Malgré tous mes efforts je ne parviens pas à dénicher le moindre poisson même dans les grands calmes. A certains moments, j'ai l'impression de voir évoluer sous l'eau de larges tâches noires. Cela m'étonnerait beaucoup de découvrir des carpes de dix kilos par ici. Soudain je réalise qu'il s'agit de tortues patrouillant le lit du cours d'eau.

La piste d'Aouli plonge dans un profond défilé creusé de puits de mine Nous avons bien fait d'abandonner la voiture. Le chemin permettrait tout au plus à une véritable jeep d'avancer à grand peine. Après quatre kilomètres le spectacle que nous découvrons est semblable à celui des villages fantômes qui peuplaient le farwest des films de notre enfance. Les volets clos des installations industrielles abandonnées, l'épaisse couche de poussière bloquant les portes entrebaillées indiquent que les ouvriers sont partis depuis bien longtemps. En levant les yeux vers les sommets de la montagne on découvre de longs plans inclinés de funiculaires, des tours, des plans entiers de montagne havés, une profusion de galeries et de brèches.

Village fantôme d'Aouli Surplombant les rails ensablés et autres concasseurs, on voit des dizaines de cahutes aux murs de pierres sèches dont on serait bien en peine de deviner l'âge. Un vélo abandonné ici, quelques lambeaux de plastic battant au vent, deux ou trois poules caquetant indiquent que des hommes y vivent encore. Pas la moindre silhouette pourtant, étrange car généralement l'arrivée d'un intru déclenche l'apparition des occupants des lieux.

Aouli, les installations industrielles ont été abandonnées depuis longtemps. Nous sommes bientôt confortés dans notre sentiment de présence humaine en voyant des hommes jeunes, lampe frontale allumée sortir couverts de boue d'une imposante galerie poussant des vélos chargés de sacs de toile pesants. La mine continue à nourrir quelques irréductibles malgré le danger de ces installations vétustes et j'imagine ces galeries sommaires creusées en tous sens. Un vent violent se lève et nous sommes noyés dans des bourrasques de poussière. Le soleil chauffe les parois du défilé forçant l'air à s'élever mais ses rayons ne parviennent pas au plus profond de la tranchée. Il fait froid, nous regagnons la voiture et reprenons le mauvais chemin menant à Midelt et à notre hôtel.

Nous abandonnerons cette région de Midelt pour d'autres aventures Nous avons passé trois journées dans la région. Bien trop court pour prétendre la connaître mais d'autres cieux nous attendent. Nous reviendrons un jour j'espère mais demain nous quitterons Midelt.

 

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